Festival de Cannes: Michel Hazanavicius dynamite le mythe Godard

COMPETITION Après le cinéma muet et les agents secrets, Michel Hazanavicius explique comment il a détourné le mythe Godard pour en faire le héros du « Redoutable », une comédie accessible à tous…

Stéphane Leblanc

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Stay Martin, Louis Garrel, Bérénice Béjo et Michel Hazanavicius à Cannes le 21 mai 2017
Stay Martin, Louis Garrel, Bérénice Béjo et Michel Hazanavicius à Cannes le 21 mai 2017 — Arthur Mola/AP/SIPA

Il ne faut pas s’étonner si Jean-Luc Godard a les oreilles qui sifflent. Après Agnès Varda et JR qui lui « font la nique » en parodiant la visite du Louvre de Bande à part dans Visages Villages, c’est au tour de Michel Hazanavicius de s’attaquer au mythe Jean-Luc Godard. En le dynamitant en compétition au Festival de Cannes.

« En tant que spectateur, Godard ne m’intéresse pas plus que ça, balaie Michel Hazanavicius. Et j’ai pensé que les gens également. » Ce qui a plu au réalisateur de The Artist et de OSS 117, c’était de « raconter une histoire d’amour qui se délite », celle que la jeune actrice Anne Viazemsky retrace dans son roman Une année studieuse (Gallimard) sur la vie qu’elle partageait en 1967-1968 avec Jean-Luc Godard, cinéaste certes célèbre, mais surtout très drôle dans ses contradictions.

C’est l’argument qu’il a avancé à Anne Viazemsky qui ne croyait pas en la possibilité d’adapter son roman au cinéma. « Il suffirait d’en faire quelque chose de marrant », lui lance Michel Hazanavicius. Pas un film à la gloire de Godard, donc. Et la voilà qui accepte. Le Redoutable (titre choisi en référence au nom du sous-marin nucléaire qui faisait la Une à l’époque, à l’aube de mai 1968) sera une sorte de Grand détournement, film des débuts de Michel Hazanavicius, focalisé sur l’icône de la Nouvelle vague, déconstruit et remodelé « comme un personnage de BD ».

Louis Garrel dans Le Redoutable de Michel Hazavanicius
Louis Garrel dans Le Redoutable de Michel Hazavanicius - Studio Canal


Pour le servir, Louis Garrel, acteur doué pour le mimétisme et dont le cinéaste « pressentait la dimension comique ». C’est lui qui apporte sa crédibilité au personnage et donne son rythme au Redoutable : il est souvent tordant, avec ses répliques à l’emporte-pièce, sa mauvaise fois chronique, son caractère de chien battu, et quelques running gags savoureux autour de ses lunettes et de ses chaussures…

Pas un film de Godard

« Attention, ce n’est pas un film de Godard, ni même un film sur Godard, prévient Michel Hazanavicius. C’est mon Godard à moi. » Un personnage pour qui le public « pourra avoir de l’empathie même s’il ne connaît pas son œuvre », espère le cinéaste.

Et Godard dans tout cela, qu’en pense-t-il ? « Je l’ai mis au courant, raconte Michel Hazanavicius. Il a tenu à lire le scénario. Je le lui ai envoyé, mais il ne m’a pas répondu. Je lui ai proposé de lui organiser une projection, mais il ne m’a pas répondu non plus. » Peut-être préférait-il rester seul chez lui en Suisse avec ses oreilles qui sifflent.