Festival de Cannes: Robin Campillo trouve le tempo juste pour filmer les années sida

COMPETITION Le cinéaste français impressionne la Croisette avec « 120 Battements par minutes », la chronique de ses années de militantisme au sein de l’association Act Up Paris en 1990…

De notre envoyé spécial à Cannes, Stéphane Leblanc

— 

Robin Campillo et l'équipe du film 120 battements par minute
Robin Campillo et l'équipe du film 120 battements par minute — VILLARD/NIVIERE/SIPA

Les 120 Battements par minute du titre du film présenté ce samedi au Festival de Cannes ne fait pas seulement référence au rythme cardiaque en cas de crise d’angoisse, d’accès de colère ou d’orgasme sexuel, bien qu’on trouve ces trois ingrédients dans le beau film de Robin Campillo.

Nahuel Pérez Biscayart dans 120 Battements Par Minute de Robin Campillo.
Nahuel Pérez Biscayart dans 120 Battements Par Minute de Robin Campillo. - Céline Nieszawer


« Non, 120 battements par minute, c’est avant tout, approximativement, le tempo de la house music » que le réalisateur écoutait assidûment à cette époque.

Le début des années 1990, au pic de la mortalité d’une maladie apparue dix ans auparavant. En ces années-là, une association du nom d’Act Up Paris décidait de se battre par des actions spectaculaires contre l’indifférence de ceux qui n’étaient pas directement concernés par cette épidémie. Une association que Robin Campillo connaît pour y avoir milité et avoir, lui aussi « rhabillé un copain sur son lit de mort ».

Pour autant, « c'est une fiction, pas un film historique », prévient le réalisateur, qui dément avoir voulu raconter la réalité d'une époque « pas si lointaine, puisque je l’ai connue ». L'histoire d'amour, il l'a « imaginée » pour permettre à l’intime de s’inviter dans des débats « très écrits » et des actions spectaculaires mais « elles aussi inventées de toutes pièces ».

S’ils ne l’ont pas connue parce qu’ils sont nés au moment où se déroule l’action, les jeunes acteurs ont été choisis parce qu’ils faisaient corps avec leurs personnages, mais aussi parce qu’ils collaient bien les uns par rapport aux autres.

Une question de crédibilité

« Chacun a apporté sa façon de parler, sa façon d’être et c’est cette réunion qui donne sa force au groupe », note l’actrice Adèle Haenel. Sa crédibilité aussi. Les autres acteurs, Nahuel Pérez Biscayart, Arnaud Valois, Aloïs Sauvage ou Antoine Reinartz, ainsi que tous les seconds rôles, sont sidérants de naturels.

Robin Campillo confie que c’était moins la réalité des détails vestimentaires ou des expressions utilisées à l’époque qui importait pour lui que « ce parlé militant et ce parlé PD » qu’il voulait absolument retrouver « sans être surjoué de façon un peu factice. » C’est ce naturel plus que le réalisme de 120 Battements par minutes qui fait la force d’un film auquel le président du jury Pedro Almodóvar ne devrait pas être insensible.