Le Festival de Cannes bon pied, bon œil : Je me lève sur la Croisette et je suis abattu par le sida

Quatrième jour Les films de Cannes, on peut les attendre avec impatience ou avec l’assurance d’être déçu. Et si ça dépendait tout simplement de quel pied on s’est levé ?

De notre envoyée spéciale à Cannes, Caroline Vié
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The Square de Ruben Ostlund
The Square de Ruben Ostlund — Bac Films

Samedi 20 mai. Je lève du pied droit. Il est 7h.

Je sors de la douche parfumée et ragaillardie. Une belle journée commence sur la planète cinéma. Je suis d’humeur rebelle.
Voilà qui tombe à pic ! Robin Campillo, réalisateur d’Eastern Boys (2013) enverra le festivalier combattre auprès des activistes d’Act Up Paris en plein cœur des années 1990. 120 battements par minute promet d’être revigorant. Allez, j’aurai sûrement envie de lever le poing (mais pas trop haut pour ne pas gêner le spectateur derrière moi).

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Téhéran Tabou, film d’animation présenté à la Semaine de la Critique, a tout pour plaire. Ali Soozandeh y rue dans les brancards de la société iranienne en faisant découvrir les dessous de la mégapole. On va s’encanailler car ce film ne semble pas du tout conçu pour les enfants.

Östlund m’emmènera au musée pour y voir des fort belles expositions contemporaines dans The Square. Cela a l’air amusant comme tout, surtout que le réalisateur de Snow Therapy est un expert en comédie grinçante sur les travers de l’homme moderne.

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Samedi 20 mai. Je me lève du pied gauche et je glisse sur la savonnette en sortant de la douche.

D’humeur chagrine, j’ai mal au crâne en raison du porte-serviettes encastré dans mon front. 120 battements par minute : c’est le rythme que va prendre mon pied tant je risque d’être excédée par la naïveté de ce militantisme du siècle dernier.

Téhéran Tabou ? Encore un film épate bourgeois qui va faire craquer le snobisme des festivaliers. Qu’est-ce qu’on s’en fiche de savoir qu’il y a de la drogue et de la prostitution en Iran ! Et en dessin animé : est-ce bien un spectacle pour les enfants ? Hein, franchement !

On est dans un festival de cinéma ! Franchement qu’est-ce que j’irais faire dans un musée ? Voir des expos pour bobos ? Le héros de The Square a l’air d’en être un d’anthologie : égoïste et prétentieux, il croit pouvoir guérir le monde par l’art. Quelle drôle d’idée ?