«Les Fantômes d’Ismaël» s'apprêtent à hanter la Croisette, Desplechin n'a même pas peur

FESTIVAL DE CANNES C’est au film français « Les Fantômes d’Ismaël » qu’il revient de faire l’ouverture du Festival de Cannes, ce mercredi soir. Un honneur que son réalisateur Arnaud Desplechin assume sans pression…

De notre envoyé spécial à Cannes, Stéphane Leblanc

— 

Marion Cotillard et Charlotte Gainsbourg dans Les Fantômes d'Ismaël
Marion Cotillard et Charlotte Gainsbourg dans Les Fantômes d'Ismaël — Jean-Claude Lother / Why Not Productions

« Il est exclu de penser que nous ferons un chef-d’œuvre ! On essaiera de faire un film vivant. » Brandissant cette réplique adressée par Truffaut à Deneuve, Arnaud Desplechin refuse de se laisser abattre par la pression que représente la projection de son film en ouverture du Festival de Cannes.

Mathieu Amalric et Arnaud Desplechin en promo pour Les Fantômes d'Ismaël en mai 2017
Mathieu Amalric et Arnaud Desplechin en promo pour Les Fantômes d'Ismaël en mai 2017 - S.LEBLANC / 20 MINUTES

« C’est un privilège que j’attends avec appétit », rétorque Arnaud Desplechin, disert et tout sourire, prêt à défendre son film, qui sort aussi ce mercredi en salles, sans forcément prendre la mesure de l’événement et ses conséquences à venir.

D’autres Français avant lui s’en sont mordu les doigts: Jean-Pierre Jeunet et Marc Caro avec La Cité des enfants perdus, hué en 1994, en savent quelque chose. Luc Besson, aussi, dans une moindre mesure car le film a bien marché, avec Le Cinquième élément en 1997. « Je pense que mon film est du côté du public, croit savoir le cinéaste. Je préfère compter en vibrations plutôt qu’en chiffres. » Ces derniers, comme l’anxiété qui les accompagne, Desplechin les laissent volontiers à son producteur, Pascal Cocheteux.

Un film vivant et même fracassant

Pour en revenir au film, Les Fantômes d’Ismaël, Desplechin a raison de prévenir que ce n’est pas un chef d’oeuvre. Mais c’est effectivement un film vivant, et même fracassant.

L’histoire elle-même donne l’impression d’avoir été brisée en mille éclats sur la tête du pauvre d’Ismaël (Mathieu Amalric, éternel alter ego du cinéaste), dans le but d’apporter des fragments de vie à ses partenaires (Charlotte Gainsbourg, l’épouse d’aujourd’hui, et Marion Cotillard, sa femme revenue d’entre les morts). Le film pétille grâce à ses actrices « qui ne cessent de se réinventer », flatte Desplechin, mais laisse toutefois l’impression d’être étrangement inabouti.

« C'est une intuition de mon producteur, qui s’est très vite rendu compte qu’il y avait en fait deux films », confie le cinéaste. Le premier, qu’il appelle sa « version originale » est celle qu’il revendique. « Elle est plus mentale, explique-t-il, l’action se passe dans la tête d’Ismaël… »

Cette « Director’s cut », comme l’appellent les Américains, n’est pas la version que l’on verra à Cannes, ni même en salles (à des rares exceptions près, au Cinéma du Panthéon et sur quelques écrans en région). Le Festival a préféré retenir la version d'exploitation, plus courte d’une vingtaine de minutes, qui met d’avantage l’accent sur le triangle amoureux. « Cette version est plus sentimentale, plus lumineuse », assure Arnaud Desplechin qui sait l’importance, à Cannes plus qu’ailleurs, d'avoir les cartes du glamour bien en mains.