«Molly Monster» et la cinéphilie n'attendent pas le nombre des années

ANIMATION Comment font des films comme l'excellent «Molly Monster» pour attirer les très jeunes spectateurs (et surtout leurs parents) dans les salles de cinéma...

Caroline Vié

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Molly Monster de Ted Sieger, Tek Ekblad et Mathias Bruhn
Molly Monster de Ted Sieger, Tek Ekblad et Mathias Bruhn — KMBO

Molly Monster entreprend un périlleux voyage pour aller accueillir son nouveau petit frère dans ce délicieux film d’animation coréalisé par Ted Sieger, Michael Ekblad, Matthias Bruhn. Mais la petite créature colorée va surtout explorer la jungle des sorties du mercredi ! Chaque semaine (ou presque) des distributeurs intrépides sélectionnent des programmes destinés aux spectateurs à partir de trois ans.

« L’idée n’est pas uniquement de sortir les films mais aussi de les accompagner », explique Doris Gruel, responsable jeune public chez le distributeur KMBO. Molly Monster est non seulement conçu pour faire passer de bons moments aux tout-petits mais aussi pour aider les parents à aborder avec eux la surprise de voir un nouvel enfant débarquer dans la famille. « L’expérience de Molly est universelle et permet d’ouvrir la conversation sur ce sujet à la fin de la projection », précise Doris Gruel.

Ouvrir l’esprit des enfants

« C’est un film d’animation assez classique dans sa réalisation mais nous souhaitons aussi ouvrir les enfants à des techniques différentes comme la stop motion avec Le vilain petit canard de Gari Bardine ou La grande course au fromage de Rasmus Sivertsen » insiste Grégoire Marcha, directeur des ventes. L’équipe de KMBO écume marchés du film et festivals (comme celui d’Annecy) toute l’année pour dénicher ses pépites. « Parfois des longs-métrages mais aussi des courts que nous organisons de façon thématique avant leur sortie », précise Doris Gruel. Leur but est d’obtenir des programmes de moins d’une heure afin de ne pas lasser les enfants.

Une exploitation particulière

Si les films habituels vivent leur exploitation en quelques semaines, voire à peine plusieurs jours, il n’en est pas de même pour les films « très jeunes publics ». « La rentabilité n’est pas immédiate car ils se louent sur une longue période de temps dans toute la France, parfois pour une seule séance, insiste Doris Gruel. Contrairement aux longs-métrages habituels, les résultats d’exploitation ne sont pas significatifs le mercredi en raison des nouveaux rythmes scolaires qui font que beaucoup d’enfants sont à l’école ce jour-là. » Les scolaires constituent cependant une manne non négligeable. « Parfois jusqu’à 80 % de nos résultats », précise Grégoire Maréchal.

Un bel accompagnement

Des livrets éducatifs mis au point par des psychologues, des enseignants et des professionnels du cinéma apportent un éclairage supplémentaire sur les programmes. « Beaucoup de salles comme leStudio des Ursulines à Paris vont plus loin qu’une simple projection proposant goûter et/ou mini-débat pour attirer les parents et leurs enfants », insiste Doris Gruel. Le résultat fait plaisir à voir quand on assiste à ce type de projection. « J’y emmène ma fille depuis qu’elle a trois ans, explique Floriane. C’est une occasion d’aborder de nombreux sujets ensembles et il n’est pas rare que nous achetions ensuite le DVD. » Ce modèle économique qui forme les enfants à la cinéphilie a encore quelques beaux jours devant lui.