«Aurore»: «Quand on est une femme de plus de 35 ans, on devient invisible», lance Agnès Jaoui

COMEDIE Avec «Aurore», incarnée par Agnès Jaoui, la cinéaste Blandine Lenoir signe un portrait de femme vieillissante galvanisant et optimiste...

Caroline Vié

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Agnès Jaoui dans Aurore de Blandine Lenoir
Agnès Jaoui dans Aurore de Blandine Lenoir — Karé productions/Diaphana

Agnès Jaoui ne mâche pas ses mots. « Quand on est une femme de plus de 35 ans, on devient invisible ! Ce que j’appelle une minorité majoritaire. » Dans Aurore de Blandine Lenoir, elle incarne une quinquagénaire solaire, chômeuse et bientôt grand-mère qui reprend sa vie en main avec une énergie galvanisante.

« C’est parce que je m’angoissais plus à l’idée de vieillir que mes amis masculins que j’ai écrit ce film, précise Blandine Lenoir. Je me suis rendu compte que l’absence de représentation des quiquas au cinéma était une des raisons de mon malaise. » Les deux femmes complices se sont confiées à 20 Minutes au Bel Canto, restaurant lyrique et décor du film où Agnès Jaoui retrouve un amour de jeunesse avant de chanter sur scène avec un charisme épatant.

Pas un film de « bonne femmes »

Si Aurore met une héroïne au centre de son récit, cette chronique n’est pas pour autant réservée aux femmes. « Je refuse catégoriquement l’idée que le cinéma se définisse par un sexe et je déteste la notion d’histoires de « bonnes femmes » auxquelles les hommes font encore trop souvent référence sur un ton méprisant », déclare la réalisatrice. Sa chronique tendre laisse cependant la part belle à des personnages masculins tout en nuances comme celui de Thibault de Montalembert en ancien petit copain blessé par la vie.

Un acte militant

On apprécie le ton positif et pourtant réaliste de ce beau film pour raconter comment son héroïne affronte un quotidien pas vraiment facile. « C’est un acte militant car l’histoire de l’art est écrite par les hommes, martèle Agnès Jaoui. Bien que me considérant comme féministe, je ne l’ai vraiment compris que récemment. Quand le collectif la Barbe m’avait demandé de signer une pétition pour la parité au Festival de Cannes, j’avais refusé. Je le ferais aujourd’hui. »

Remboursé par la Sécu

Il y a beaucoup d’humour et de tendresse dans cette ode à la vie où l’amour, les bouffées de chaleur et l’opéra trouvent tout naturellement leur place. « On m’a demandé un jour si je ne me sentais pas menacée de jouer avec des actrices plus jeunes que moi, rapporte Agnès Jaoui. Je pense qu’un film comme Aurore répond mieux que je ne pourrais le faire moi-même.» Ce portrait de femme dynamique et sexy devrait être remboursé par la Sécurité Sociale tant il soigne la déprime du temps qui passe.