Pourquoi tant de vieux films ressortent chaque semaine dans les salles?

PATRIMOINE A l’occasion de la ressortie en salle de « Utu » et « Valmont », « 20 Minutes » a interrogé des distributeurs sur leur choix de remettre des « vieux » films en avant…

Caroline Vié
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Anzac Wallace dans Uru de Geoff Murphy
Anzac Wallace dans Uru de Geoff Murphy — La Rabia

Ils sont nombreux chaque semaine, les vieux films qui font l’objet d’une ressortie sur les écrans français, tant à Paris qu’en région. Pour quelles raisons les distributeurs décident-ils de les montrer dans des salles souvent surchargées par plus de quinze nouveautés hebdomadaires ?


Rien que cette semaine, on peut revoir Utu de Geoff Murphy, fresque qui évoque une révolte maorie dans la Nouvelle-Zélande du XIXe siècle et Valmont de Milos Forman, conte sulfureux avec Colin Firth et Annette Bening, ou Je la connaissais bien d’Antonio Pietrangeli avec Stefania Sandrelli, sur les mésaventures d’une jolie provinciale qui rêve de devenir actrice dans la Rome des années 1960.


Le cinéma en grand

La première des raisons, c’est d’offrir aux spectateurs qui étaient trop jeunes au moment de la sortie, ou qui, au contraire, garde du film un souvenir ému, la possibilité de redécouvrir de vieux films sur grand écran. « C’est quand même plus beau que sur un ordinateur ou un smartphone », précise Manuel Chiche qui distribue Utu via sa société La Rabia, qui a également restauré de grands moments de cinéma comme  Réveil dans la terreur (1971) de Ted Kotcheff ouL’été de Kikujiro (1999) de Takeshi Kitano.


Une seconde chance

En plus de l’émotion que procure la projection d’un film en salles dans les meilleures des conditions, « la ressortie de Valmont nous paraissait indispensable pour corriger l’injustice faite à chef-d'œuvre de Milos Forman qui a beaucoup souffert de la concurrence des Liaisons dangereuses de Stephen Frears», précise Christine Hayet, directrice générale adjointe de Pathé » Christine Hayet a notamment la responsabilité de l’énorme patrimoine cinématographique acquis au fil des années par Pathé, avec La belle équipe (1936) de Julien Duvivier, Les Enfants du Paradis (1945) de Marcel Carné ou encore La Reine Margot (1994) de Patrice Chéreau.
 


Amortir le coût d’une restauration

Indispensable pour redonner vie à un film abimé par le temps, la restauration est une entreprise souvent longue et coûteuse. Si bien que les sociétés se mettent souvent à plusieurs pour en assurer la rentabilité. Fruit de la collaboration entre Wild side et Carlotta, dix-sept films du maître japonais Akira Kurosawa (dont Vivre, 1952 et Le château de l’araignée, 1957) ont ainsi retrouvé la voie du grand écran en mai 2016.

« Notre travail se complète bien car nous sommes des spécialistes de la distribution vidéo alors qu’eux savent gérer les sorties en salles », précise Lisa Fontaine, responsable du marketing chez Wild Side.


Une exigence de cinéphile

C’est d’abord la passion qui motive le choix des distributeurs, même si l’aspect financier ou des problèmes de droits peuvent également se poser à eux. « J’essaie de sortir ceux qui me semblent importants et que j’ai envie de faire connaître, ceux que j'appelle les «classiques instantanés», explique Manuel Chiche. J’en profite pour livrer à un véritable travail d’archiviste en réunissant des documents qui seront utiles au moment de l’édition du DVD. » Lisa Fontaine se trouve sur la même longueur d’ondes. « Carlotta et nous avons en commun une véritable exigence de cinéphile », martèle-t-elle. Christine Hayet se met au diapason : « Notre souci premier reste de faire vivre notre patrimoine, même si les retombées financières sont souvent modestes », insiste-t-elle.

Des aides au titre du patrimoine

Plus de trois cents salles d’art et essai possèdent le label AFCAE Patrimoine, favorisant leur travail. « Nous avons la chance d’avoir le soutien financier du CNC qu’on ne remerciera jamais assez pour son aide », précise Manuel Chiche. Le Centre National de la Cinématographie apporte des aides pouvant aller jusqu'à 90% du devis (entre 90 et  150.000 €).  Et les spectateurs se pressent pour découvrir ces trésors du passé. « Ce sont souvent des jeunes, explique Lisa Fontaine, qui auront ensuite envie de posséder le DVD ou le Blu-Ray de l’œuvre qu’ils ont aimée. » Sortir en même temps en salles et en vidéo est aussi le choix effectué par Pathé. « La même campagne de promotion profite aux deux supports », explique Christine Hayet. 9.000 personnes ont redécouvert La Belle équipe en salles. Espérons que ces amoureux du 7e Art partagent encore longtemps leur passion pour le grand écran !