Aki Kaurismäki: «Dans"L’autre côté de l’espoir", je montre mon optimisme d’homme désespéré»

COMEDIE A l’image de son réalisateur, « L’autre côté de l’espoir » sur les tribulations finlandaises d'un restaurateur et d'un migrant est une comédie à la fois joyeuse et mélancolique…

Caroline Vié

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Ilkka Koivula, Janne Hyytiäinen, Nuppu Koivu, Sakari Kuosmanen, Sherwan Haji dans L'autre côté de l'espoir d'Aki Kaurismäki
Ilkka Koivula, Janne Hyytiäinen, Nuppu Koivu, Sakari Kuosmanen, Sherwan Haji dans L'autre côté de l'espoir d'Aki Kaurismäki — Diaphana distribution

Parvenir à faire sourire avec les épreuves d’un réfugié syrien fraîchement débarqué à Helsinki n’est pas donné à tout le monde. L’autre côté de l’espoir permet à  Aki Kaurismäki de relever ce défi avec son goût familier pour l’humour absurde, idéal pour dénoncer les mesquineries de l’espèce humaine tout en lui faisant une puissante déclaration d’amour.

Cette fable récompensée par l’Ours d’argent du meilleur réalisateur à la Berlinale 2017 entremêle les destins d’un clandestin qui tente de trouver une place dans une ville grise et d’un restaurateur improvisé cherchant à séduire une clientèle avide d’exotisme. « Dans ce film, je montre mon optimisme d’homme désespéré », a confié à 20 Minutes le cinéaste finlandais lors d’un séjour en France joyeusement alcoolisé.

Aki qui pleure

Le désespoir, le spectateur le ressent face à des skinheads qui persécutent le héros ou à une administration cruelle prête à le renvoyer à Alep alors que la télévision montre à quel point les combats y font toujours rage. « Je parle d’une réalité car ces comportements existent dans de nombreux pays d’Europe et pas seulement en Finlande, explique Aki Kaurismäki. Je ressens une honte profonde quand je vois que les gens peuvent se conduire de façon aussi inhumaine. »

Le jeune homme solitaire est réduit au vol et à la clochardisation quand sa demande d’asile est rejetée.

Aki qui rit

Le propriétaire du restaurant qui recueille ce laissé-pour-compte redonne foi en l’humanité tant ses employés et même sa chienne (celle du cinéaste) lui apportent de la chaleur. « C’est de la solidarité du peuple que viendra le salut, j’en suis persuadé ! » assène le réalisateur du Havre (2011) et deL’Homme sans passé (2008).

Voir le personnel se déguiser en Japonais de carnaval pour essayer de vendre des sushis peu engageants est l’un des moments les plus drôles de ce film généreux. « Le rire est un bon moyen de faire passer ce que j’ai envie de dire », insiste le cinéaste.

Aki est poésie

Dès l’arrivée du personnage principal, caché dans un tas de charbon, le spectateur se laisse emporter dans l’univers tendre d’Aki Kaurismäki avec ses couleurs passées et sa bande-son mélancolique. « J’essaye de trouver des plages de beauté au cœur de la morosité ambiante. L’être humain peut réserver de bonnes surprises même si je crois davantage à la bonté des chiens », plaisante ce dernier.

L’autre côté de l’espoir fait du bien comme un rayon de soleil dans la grisaille ou un verre d’aquavit par un petit matin givré.