«Grave»: Pour son saignant premier film, Julie Ducournau assure comme une bête

GORE « Grave », film ultra-gore et multiprimé autour d’une jeune femme qui aime un peu trop la viande, surprend par sa crudité et sa liberté de ton…

Caroline Vié

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Grave de Julie Ducournau
Grave de Julie Ducournau — Wild Bunch

Une jeune réalisatrice française, épaulée par la productrice Julie Gayet, révolutionne le cinéma gore. Avec Grave, Julie Ducournau signe un film radical sur une végétarienne qui se découvre un goût immodéré pour la viande crue. C’est après avoir été forcée d’en ingérer au cours d’un bizutage dans son école vétérinaire qu’elle se met à en dévorer avec délices.

Le film est si graphique que des spectateurs se seraient évanouis pendant sa projection au Festival de Toronto ! Découvert à la Semaine de la Critique, récompensé par le jury et la presse au Festival de Gérardmer, ce conte saignant, interdit aux moins de seize ans dans les salles, dérange sans répugner : « Je n’aime pas les films glauques, martèle la réalisatrice. J’espère que le mien ne l’est pas et qu’il dégage un souffle libérateur. »

Des faims et de la chair

L’étudiante incarnée par Garance Marillier ne manque pas d’appétit(s) quand cette jeune fille un peu trop sage se transforme en viandarde amoureuse de chairs saignantes. Son interprète apporte singularité et séduction à ce personnage perdant progressivement sa naïveté de petite fille. « Garance a un physique intéressant, qui tient à la fois de l’enfant et de la jeune adulte. Il y a une forme d’innocence et quelque chose d’inquiétant », précise la cinéaste qui avait dirigé la comédienne dans ses courts-métrages.

Féministe jusqu’à l’os

La chair, c’est aussi la sexualité que la demoiselle apprend à gérer au gré d’une initiation qui fera d’elle une femme libre et épanouie. « Le sexe a son importance mais le thème de l’atavisme est central, précise Julie Ducournau. Mon héroïne va se construire par rapport à sa pulsion qui est une damnation familiale. » Justine, baptisée ainsi en hommage au Marquis de Sade, apprend à faire face à toutes les situations. Ses relations avec ses proches - que ce soit sa sœur aînée ( Ella Rumpf), sa mère ( Joana Preiss) ou son père ( Laurent Lucas) - sont décrits avec acuité.

Back to the #espacemiramar : Standing ovation after the first screening of #GRAVE (RAW) by #juliaducournau #SDLC2016

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Sous l’influence de Cronenberg

Julie Ducournau se réclame de David Cronenberg qu’elle admire. « Dans ses films, on voit beaucoup de corps mutilés, blessés… ça peut paraître violent, mais il ne transige pas avec la mort. Il ne met pas de mots pour essayer de l’intellectualiser, de l’adoucir, mais des images. C’est très concret. » L’influence du maître canadien est indéniable dans Grave, mais ce premier long-métrage sait trouver un ton entre sensualité macabre et désirs charnels qui n’appartient qu’à lui. Des envies d’entrecôte bien saignantes ont été observées chez certains spectateurs au terme de la séance…