Stephan Streker: «L’héroïne de "Noces" veut à la fois la liberté et l’amour de ses geôliers»

DRAME Dans «Noces», le réalisateur belge Stephan Streker plonge dans la communauté belgo-pakistanaise sur fond de mariage forcé et de crime d'honneur...

Caroline Vié

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Lina El Arabi et Sébastien Houbani dans Noces de Stephan Streker
Lina El Arabi et Sébastien Houbani dans Noces de Stephan Streker — Jour2fête

Noces de Stephan Streker tient à la fois du suspense et de la tragédie grecque. Celle d’une jeune fille belgo-pakistanaise à qui sa famille veut imposer un mariage avec un fiancé qu’elle n’a jamais rencontré. Le réalisateur duMonde nous appartient (2014) a exclu tout manichéisme dans la façon dont il montre ses personnages. C’est ce qui fait la force de cette œuvre poignante dans sa description de rapports familiaux compliqués entre une fille cherchant l’indépendance et une famille encore engluée dans des traditions d’une autre époque.

Lina El Arabi, qui trouve ici son premier grand rôle à l’écran, Sébastien Houbani dans celui de son frère et Babak Karimi dans la peau de leur père se mettent au diapason de sa retenue. « Si les actes de certains protagonistes sont, bien évidemment, inexcusables, j’ai voulu que l’on saisisse la motivation de chacun », confie Stephan Streker à 20 Minutes. Il y parvient, même si l’on sort de la salle le cœur en miettes devant ces vies brisées.

Entre tradition et modernité

Plus que le fait divers qui l’a inspiré, survenu à Charleroi en 2007, ce qui a fasciné le cinéaste, c’est l’inéluctabilité du drame qui mûrit dans une famille aimante. « Mon héroïne veut à la fois la liberté et l’amour de ses geôliers. Ses deux désirs sont incompatibles, mais je peux la comprendre. » Et, déchirée entre tradition et modernité, cette enfant du siècle connaît un terrible cas de conscience quand elle tombe enceinte de son petit ami. Le spectateur se sent immédiatement en phase avec cette jeune fille pleine de vie qui cache sa grossesse et hésite à avorter pour ménager sa famille.

Un récit ancré dans la réalité

« Elle n’est pas victime de monstres mais d’une situation monstrueuse », insiste Stephan Streker qui a rencontré de nombreuses personnes de la communauté belgo-pakistanaise pour rendre son récit le plus proche possible de la réalité. Une séquence de mariage par Skype fait sourire jaune quand la mère de la promise, visiblement inconsciente du paradoxe, affirme qu’il faut vivre avec son temps alors qu’elle pousse sa fille à convoler avec un homme qu’elle n’a jamais rencontré physiquement. « Je voulais montrer des êtres humains mus par des forces défiant toute raison », précise le réalisateur.

Optimiste malgré tout

Malgré un dénouement dramatique, Stephan Streker se veut optimiste pour l’avenir. « J’ai pas mal voyagé avec le film et j’ai notamment connu un accueil triomphal à Dubaï. Les mentalités sont en train de changer, du moins je veux le croire », martèle-t-il. Difficile de ne pas ressentir une profonde empathie pour ses personnages. On espère, comme le réalisateur, que son film contribuera à ouvrir le chemin aux demoiselles avides de liberté et que disparaîtra la notion même de « crimes d’honneur ».

Stephan Streker
Stephan Streker - Caroline Vié