«Billy Lynn»: Pourquoi vous ne pouvez pas «vraiment» voir le nouveau Ang Lee en France

SORTIE TECHNIQUE En France, «Un jour dans la vie de Billy Lynn» ne sera visible que dans une vingtaine de salles, et pas comme l'a pensé et tourné son réalisateur Ang Lee...

V. J.

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«Un jour dans la vie de Billy Lynn», le nouveau film d'Ang Lee tournée en 3D, 4K et HFR 1220fps
«Un jour dans la vie de Billy Lynn», le nouveau film d'Ang Lee tournée en 3D, 4K et HFR 1220fps — Sony Pictures

Avec une vingtaine de copies France, Un jour dans la vie de Billy Lynn est la sortie non-événement de mercredi, face à la comédie bulldozer de Dany Boon, RAID Dingue, et aux films à Oscars Moonlight et Jackie. Il s’agit pourtant du nouveau long-métrage d’Ang Lee, le réalisateur de Tigre et Dragon, Hulk, Brokeback Mountain et L’Odyssée de Pi. Pas un manchot. Que s’est-il passé ?

Doté d’un budget de 40 millions de dollars, Billy Lynn a fait un flop au box-office américain, avec seulement 1,7 millions de recettes. Pourtant, selon les critiques, le film est loin d’être un échec,Le Monde parle même de chef-d’œuvre. Le problème est en fait qu’il est impossible pour les spectateurs, et pour les journalistes avant eux, de voir « vraiment » le film, comme Ang Lee l’a pensé et tourné.

En 3D 4K HFR 120fps !

En effet, pour mettre en scène l’histoire d’un jeune Texan de retour de la guerre en Irak et érigé en héros par l’administration Bush et l’Amérique, le cinéaste a choisi d’opter pour un nouveau format, un triple format : en 3D, en 4K et en HFR 120fps. Si les deux premiers sont courants (Ang Lee avait déjà touché au relief sur L’Odyssée de Pi), le dernier était jusqu’alors inédit. Le « High Frame Rate » (HFR) est une nouvelle technologie qui augmente le nombre d’images par seconde, et renforce ainsi, en théorie, le réalisme, la fluidité, l’immersion. Peter Jackson l’avait expérimenté en 48 images/seconde sur la trilogie du Hobbit, et James Cameron compte l’utiliser en 60 images/seconde sur les suites d’Avatar.

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Une zone de clarté

Ang Lee, lui, a décidé de passer directement au 120 images/seconde pour « emmener le spectateur dans une zone où il ferait l’expérience de la clarté d’esprit des soldats confrontés à des situations chaotiques, explique-t-il dans le magazine Cinemateaser. J’ai eu un accident de voiture il y a quelques années, et, ce qui s’est déroulé en deux secondes, je pourrais vous le raconter sur plusieurs minutes. Le temps ne s’est pas ralenti, mais la clarté des événements s’est accrue à mes yeux, et mon esprit a enregistré plus d’informations. » Encore une fois, en théorie.

Car en pratique, les réactions sont très partagés sur ce dispositif, avec d’un côté les sceptiques qui évoquent une expérience inconfortable et un rendu proche d’un téléviseur mal réglé, et de l’autre, les enthousiastes qui y voient le futur du cinéma. Mais le débat est peut-être déjà clos, car les occasions de voir ces films sont très rares. Billy Lynn n’est ainsi distribuée en France qu’en 2D et en 24 images/secondes, le format habituel. Seules six salles sont équipées dans le monde pour le voir dans les bonnes conditions (3D, 4K, 120 fps), deux aux Etats-Unis, trois en Chine et aucune en Hexagone, qui essaie déjà de rattraper son retard sur les formats IMAX et 48fps.

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« C’est la réalité nue, full frontal, toutes lumières allumées »

Jean-Jacky Goldberg est l’un des seuls journalistes françaises à avoir vu « vraiment » Billy Lynn, lors d’une avant-première à Los Angeles, « dans une salle à moitié vide ». Il évoque moins une révolution qu’un outil génial, à même de faire tomber les barrières entre la vie et sa représentation. « La réalité s’offre à nous dans sa totalité, et donc dans son obscénité, explique-t-il sur le blogChaos Reigns. C’est comme si on enlevait tous les filtres, et qu’on était forcé d’être dans les yeux de ce soldat qui a vu trop d’horreurs. On est tous atteints de PTSD [trouble de stress post-traumatique]. C’est la réalité nue, "full frontal", toutes lumières allumées ; pornographique. »

Aurélien a vu le film à Taipei, et s’il salue le geste d’Ang Lee - « une expérimentation où la forme épouse parfois le fond » -, il ne croit pas à cette technologie et esthétique : « Je n’ai jamais cru non plus à la 3D, qui va d’ailleurs disparaître, la majorité des constructeurs TV l’abandonnent en 2017. » Mais il rejoint Jean-Jacky Golberg sur un point : « Un ami m’a fait remarquer que ce serait une bonne technologie pour les films érotiques. Il n’a pas tort, le fait de voir la texture des peaux de manière aussi nette avait un côté très sensuel. » Le HFR, l’avenir du cinéma… porno ?