«Neruda»: Pablo Larrain s'amuse avec l'image du grand poète chilien

AVENTURES Avec «Neruda», Pablo Larrain brode autour de la vie du grand poète chilien dont il livre un portrait nuancé...

Caroline Vié

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Luis Gnecco dans Neruda de Pablo Larrain
Luis Gnecco dans Neruda de Pablo Larrain — Piffl Medien/Wild Bunch

Ce n’est pas un biopic mais une affabulation autour d’un grand homme. DansNeruda, Pablo Larrain redonne vie au poète, figure emblématique de la gauche chilienne, et brode autour de lui un thriller brillant présenté à la Quinzaine des réalisateurs.

Pablo Neruda (1904-1973), incarné par Luis Gnecco absolument génial, y devient le héros d’une chasse à l’homme menée tambour battant par un inspecteur de police pugnace joué par Gabriel Garcia Bernal.

Faux biopic et vrai portrait

« Nous n'avons jamais pris au sérieux l’idée de brosser le portrait de Pablo Neruda, tout simplement parce que c’est impossible. C’est pourquoi nous avons décidé de faire un film fondé sur l’invention et le jeu », explique le cinéaste. L’action, librement inspirée de la réalité, se passe en 1948 quand l’écrivain, alors sénateur communiste, doit prendre la fuite suite à l’interdiction de son parti par le dictateur Videla.

Sa cavale dans la Cordillères des Andes est le point d’orgue d’un récit farfelu où le réalisateur de No n’hésite pas à brocarder l’image de son héros. Avant sa traque rocambolesque dans des paysages somptueux, le futur prix Nobel est décrit comme un individu plutôt fat, méprisant et libertin à cent coudées de l’image idéalisée que montrait Michael Radford dans Le Facteur (1994) où l’homme de lettres était incarné par Philippe Noiret.

Un personnage romanesque

On le voit fréquenter des bordels et s’imaginer en héros sans se soucier de ses compagnons de lutte. S’il ne l’épargne pas, Larrain fait cependant de Neruda une grande figure romanesque dont les années de fuite préfigurent le régne sanglant de Pinochet. Ce portrait farfelu que Gabriel Grarcia Bernal décrit comme « une ode à la fiction » ne manque pas de mordant dans sa description vacharde d’un homme hors du commun dont la mort, survenue après le coup d'état de 1973, contient toujours une part de mystère..

Neruda rend son sujet d’autant plus attachant que l'homme est à la fois flamboyant et faillible, ce qui le rend humain. Passant de la chronique virtuose au road-movie à suspense, le film donne envie de relire ses œuvres comme J'avoue que j'ai vécu qui pourrait servir de sous-titre au film. On attend maintenant impatiemment de voir ce que le cinéaste chilien a pu faire avec une autre figure historique, Jackie Kennedy, pour JackieCe biopic sur l’ex première dame des Etats-Unis, qui sort en France le 1er février prochain, pourrait valoir un Oscar à Natalie Portman .