Festival des Arcs: La présence des réalisatrices est encore trop timide en Europe

ETUDE Une étude menée pour le Festival des Arcs prouve qu’il y a encore beaucoup à faire pour obtenir la parité dans le cinéma européen…

Caroline Vié

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Oulaya Amamra dans Divines de Houda Benyamina
Oulaya Amamra dans Divines de Houda Benyamina — Easy Tiger/Diaphana

Il vaut mieux être une réalisatrice norvégienne que lettone. Telle est la conclusion à laquelle parvient une étude lancée par le Festival des Arcs sur la parité dans le cinéma européen. Les Norvégiens en sortent grand vainqueurs avec 32 % de cinéastes femmes tandis que la Lettonie qui, il est vrai, ne produit que quelques films par an, arrive bonne dernière.

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Après les festivals de Cannes et de Berlin qui se sont mobilisés sur le sujet, c’est au tour de la manifestation alpine d’aller plus loin en étudiant le rôle qu’ont occupé les femmes dans la production cinématographique sur quatre ans, entre 2012 et 2015. Une programmation  Nouvelles femmes de cinéma permet aussi à dix réalisatrices émergentes de venir y parler de leur travail et des difficultés qu’elles ont pu rencontrer dans l’élaboration de leurs films.

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La France bien placée ?

Parmi les cinéastes présentes aux Arcs, Houda Benyamina, lauréate de la Caméra d’or 2016 pour Divines, donne à penser que la France est plutôt bien placée. Notre pays est neuvième dans le classement en réunissant 25 % de femmes derrière la caméra. Un bilan nettement moins positif quand on apprend que ces dernières sont 31,5 % moins payées que leurs homologues masculins d’après une étude du CNC. « Je ne crois pas à un regard féminin », expliquait Nicole Garcia à 20 Minutes au Festival de Cannes. La réalisatrice de Mal de pierres(2016) a beau jeu de s’exprimer ainsi car il faut reconnaître qu’il est tout de même plus facile aux réalisatrices de s’exprimer en France et en Norvège qu’en Turquie voire au Royaume-Uni et en Italie ! « Notre pays est macho et y faire des films n’a rien de facile quand on est une femme. Cela demande une volonté de fer », confiait Asia Argento (L’Incomprise, 2014) à 20 minutes.

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Une véritable inégalité

« Lorsque l’on demande à des réalisatrices ou des productrices si l’inégalité entre les sexes est un problème dans leur pays, la plupart répondent souvent non. Jusqu’à ce qu’elles regardent les statistiques », explique Isabel Castro, directrice exécutive adjointe d’Eurimages, fonds de soutien au cinéma européen, à notre confrère TV5 Monde. Une moyenne de 17 % de réalisatrices, tous pays européens confondus, parvient à concrétiser ses projets cinématographiques. « Les choses évoluent trop lentement comme si les financiers oubliaient que les femmes constituent 50 % de la population. Leur donner la parole serait tout simplement faire entrer le cinéma cinéma dans la réalité de la vie, » martèle Sabina Guzzanti (Draquila, L’Italie qui tremble, 2010)

Les jeunes à la rescousse

La jeune génération se manifeste cependant de plus en plus sur les écrans. Le succès de Toni Erdmann de la réalisatrice allemande Maren Ade, 39 ans qui vient de  remporter cinq prix aux European Films Awards, ou celui deMustang de Deniz Gamze Ergüven, cinéaste Franco-turque de 38 printemps, le démontre par l’exemple. « Faire entendre la voix des femmes n’est pas seulement une nécessité, c’est un devoir, expliquait cette dernière à 20 Minutes. Pour moi, il y a forcément un côté militant dans la démarche et je suis la première à le regretter. La victoire des réalisatrices sera totale le jour où il ne semblera plus exceptionnel de trouver une femme derrière la caméra. » De génération en génération, les réalisatrices creusent leur sillon. « Ma mère n’aurait jamais pensé qu’une fille pouvait devenir cinéaste. Elle est fière de moi », s’amuse l’anglaise  Andrea Arnold (American Honey, 2016).

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Comment changer la donne ?

Pour parvenir à changer les choses, certaines countrées se montrent plus offensives que d’autres en imposant des quotas (un système qui est interdit en France) dans les aides gouvernementales accordées aux femmes. C’est le cas notamment en Suède et en Norvège. Dans ce dernier pays, le Norwergian Film Institute doit décerner 40 % de ses subventions à des femmes pour leurs longs-métrages ce qui devrait les inciter présenter leurs projets. L’enseignement du cinéma y est favorisé dès l’école primaire afin de familiariser filles et garçons aux métiers de l’audiovisuel. « Je crois que c’est en formant les jeunes et en leur ouvrant des horizons qu’on fera évoluer les mentalités », précise Claire Simon (Le bois dont les rêves sont faits, 2016)

L’Europe très concernée

En août 2015, au Festival de Sarajevo, unmanifeste visant à encourager l’égalité des sexes a été établi par les représentants des ministères de la culture et des fonds du cinéma européen. Si des organisations comme l’European Women’s Audiovisual Network offrent un moyen de communication aux professionnelles en les poussant à s’investir sur tous les postes, il reste cependant beaucoup à faire pour que les femmes trouvent une place équivalente à celle de leurs homologues masculins. « Tant que que les réalistatrices n’auront pas droit de citer, le cinéma restera un art amputé d’une belle part de créativité », conclut la britannique Lynne Ramsay ( We need to talk about Kevin, 2011). Les réalisatrices présentes aux Arcs enfoncent le clou avec talent.