Les discordes de la Grosse Pomme

CINEMA A mi-chemin entre chronique new-yorkaise et tragédie grecque, La nuit nous appartient fait se télescoper l'histoire d'une ville et celle d'une famille...

Caroline Vié

— 

A mi-chemin entre chronique new-yorkaise et tragédie grecque, La nuit nous appartient (traduction de « We Own the Night », texte gravé sur les blasons des policiers de la Grosse Pomme), fait se télescoper l'histoire d'une ville et celle d'une famille.


La première va découvrir des criminels d'un nouveau genre avec l'avènement de la mafia russe. La seconde, où l'on est flic de génération en génération, voit cette tradition malmenée quand l'un des rejetons, directeur d'une boîte de nuit, commence à flirter avec les gangsters... Joaquin Phoenix, le rebelle, tient tête au patriarche Robert Duvall et à son frère, jeune loup de la police incarné par Mark Wahlberg, dans un jeu du chat et de la souris sur fond de cas de conscience familial.


Comme dans ses précédents films, Little Odessa et The Yards, James Gray a su épaissir la sauce d'une intrigue classique en lui apportant une véritable dimension humaine, notamment lorsque le fils indigne doit choisir son camp, d'un côté ou de l'autre de la loi.

Le suspense d'une scène de poursuite sous la pluie comme la virtuosité de la séquence d'ouverture dans le night-club démontre la maestria du réalisateur. Gray ne se contente pas d'aligner les séquences d'anthologie propres à réjouir l'amateur de mise en scène pure. La Nuit nous appartient est aussi une réflexion sur l'identité d'un héros déchiré entre son héritage européen et les paillettes du rêve américain qui menace de lui voler son âme.