Festival TCM cinéma: Les films cultes sont à l'honneur, mais comment le deviennent-ils?

CULTE Du 24 au 27 novembre, le Festival TCM cinéma projette quelques-uns des films les plus mémorables du cinéma aux Fauvettes, à Paris…

Mélanie Wanga

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«Orange Mécanique» (1972)
«Orange Mécanique» (1972) — DR

Quoi de plus rassurant que de dépoussiérer l’un de ses DVD, déjà vus et revus, comme Spartacus, Orange Mécanique, Quand Harry rencontre Sally ? On le sait : le propre d’un film culte, c’est qu’on ne s’en lasse jamais. Le Festival TCM cinéma, qui organise du 24 au 27 novembre au cinéma Les Fauvettes, à Paris, des séances accompagnées d’expériences immersives (masterclass, avant-premières, animations…) propose de revoir plusieurs de ces œuvres qui ont marqué la psyché du public. L’occasion de (re) voir Reservoir Dogs de Quentin Tarantino après avoir participé à une killer-party ou Orange Mécanique de Stanley Kubrick en sirotant un cocktail Moloko…

Clint Eastwood dans «L'Inspecteur Harry».
Clint Eastwood dans «L'Inspecteur Harry». - DR

« Ces films ont marqué leur époque, explique Pierre Branco, vice-président de Turner France, Portugal et Afrique. Un film culte, c’est un film qui va marquer, sortir de l’ordinaire et être en avance sur son temps. Il remet en cause l’approche existante, l’améliore. Ainsi, des films comme Reservoir Dogs ou Gremlins ont respectivement détourné le film de gangsters et d’épouvante, et l’impact se fait toujours ressentir dix ou vingt ans plus tard. »

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C’est le public qui fait le culte

Le film culte n’acquiert généralement ce titre de gloire que sur le tard. A la différence du classique, il n’est même pas obligé d’être bon. Ainsi, Christophe Beney, docteur en cinéma à l’université d’Amiens, explique : « Pour qu’un film devienne culte, il faut du temps, le temps pour le public de se l’approprier, de le domestiquer, d’en faire un compagnon de route vers lequel il revient régulièrement. Les distributeurs ne veulent pas attendre et vendent le culte comme si c’était un label, voire un genre en soi ». A coté des franchises, les films qui suscitent la passion sont donc une denrée recherchée, qui rapporte.

Un business qui roule

La chaîne TCM diffuse un large éventail de films américains, plus de 600 chaque année. « Les programmateurs ont pour mission de dénicher des films oubliés aussi bien que des évidences, souligne Pierre Branco. En ouverture du festival, nous présentons La Classe américaine de Michel Hazanavicius, qui est l’objet d’un culte quasi secret sur Internet. » Un « flim qui n’est pas sur le cyclimse », jamais sorti en DVD, et très peu diffusé à la télé pour cause de droits, dont les répliques clés sont soufflées comme des codes secrets entre fans.

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Est-ce que la rentabilité en salle et les récompenses obtenues ont une influence sur la « cultisation » d’un film ? Christophe Beney est partagé : « On pourrait croire que le culte se prête mieux aux films mal-aimés de prime abord, à ceux qui n’ont pas les faveurs de la profession, mais le critère des récompenses n’est pas un indicateur fiable : Pulp Fiction fait bien l’objet d’un culte et il a reçu la palme d’or [en 1994]. »

Uma Thurman dans «Pulp Fiction» (1992)
Uma Thurman dans «Pulp Fiction» (1992) - DR

L’effet Internet

Comme dans tous les autres domaines, le Web a apporté un effet de fragmentation dans le visionnage de cinéma : des minis groupes se sont ainsi formés autour de certaines œuvres. De son côté, Pierre Branco souligne : « Internet est un média essentiel, qui développe les communautés de fans de films. Sur la chaîne TCM, nous proposons des director’s cuts, des versions qui permettent aux fans d’aller chercher des détails, comme Le Sixième Sens [de Michael Mann], par exemple. Nous développons une relation avec les fans, pas seulement les spectateurs. »

Les films dits cultes se sont généralement démarqués, d’une manière ou d’une autre, de la production existant à la même époque, quitte à passer inaperçus. Le Festival TCM cinéma met l’accent sur les leçons de maîtres, que l’on regarde comme pour se rappeler que oui, le génie existe bel et bien. L’Inspecteur Harry (1971) de Clint Eastwood et Spartacus (1960) de Stanley Kubrick allient réalisation virtuose et vraie vision de cinéma qu’on aurait tort de ne pas savourer sur grand écran…

«Spartacus» (1960)
«Spartacus» (1960) - Swashbuckler Films

Et le futur, alors ?

On aurait bien quelques candidats récents au statut de film culte. Pourtant, Christophe Beney tempère : « Il est très difficile de prédire quels films le seront dans 20 ans, mais on peut envisager deux profils susceptibles : soit le film "doudou", celui qui représentera le mieux la jeunesse de la génération qui sera alors au pouvoir, soit au contraire, le film visionnaire, celui qui sera en phase avec l’époque, donc qui était en avance sur son temps. Je crois intimement en un troisième profil : celui du film dont on ne soupçonne aujourd’hui même pas l’existence, mais que l’on redécouvrira dans 20 ans, grâce à des enthousiastes, aux réseaux sociaux. Et dont on se demandera comment nous, en 2016, nous avions fait pour passer à côté ! »