Intégrale Almodovar : Comment le cinéaste espagnol a sû préserver l'esprit de la Movida

DVD Avec ses dix-huit films et ses nombreux suppléments, le coffret Pedro Almodóvar fait revivre l'esprit de la Movida...

Caroline Vié
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Pedro Almodóvar sur le tournage de Julieta
Pedro Almodóvar sur le tournage de Julieta — El Deseo/Manolo Pavón/Pathé

Envie de couleurs, de musiques et de sentiments extra-larges ? Le coffretPedro Almodóvar (TF1 vidéo) est pour vous avec sa (quasi) intégrale en dix-huit films (120 € en Blu-Ray, 100 € en DVD).

De Pepi, Luci, Bom et autres filles du quartier (1980) au récent Julieta, presque tous les films du cinéaste madrilène, à l’exception de Matador (1986) et du Labyrinthe des passions (1982), indisponibles pour des raisons de droits, sont réunis dans ce bel objet riche en suppléments. 20 Minutes s’est demandé pourquoi l’œuvre du réalisateur et l’esprit de la Movida parlent toujours autant au public.


La Movida c'est quoi ?

La Movida, c'est un mouvement artistique lancé au début des années 1980 dont Almodóvar, parfois surnommé le «Andy Warhol ibérique», est l'un des précurseurs. Avec la démocratisation du pays consécutive au décès du Général Franco, un vent de liberté a soufflé sur le monde des arts afin de le débarrasser de son puritanisme, ce que le cinéma d'Almodóvar incarne à fond.

La transgression est sa passion

Dès son premier film, Almodóvar égratigne l’Espagne post-franquiste. Viol, corruption et drogue sont déjà au programme dans Pepi, Luci, Bom et les autres filles du quartier où il n’hésite pas à montrer une fille en train d’uriner sur sa copine. « Je veux faire un cinéma sans tabou », précise le réalisateur. Ses images crues sont toujours aussi sulfureuses, dérangeantes et drôles.


Ses héroïnes sont au top

Grand amoureux des femmes et des actrices, Almodóvar leur offre des rôles hauts en couleur. Les passions exacerbées et les réactions disproportionnées constituent souvent leur marque de fabrique. « Travailler avec Pedro, c’est s’abandonner à un sculpteur de l’âme féminine », préciseCarmen Maura dont on n’oubliera pas la prestation aux frontières de l’hystérie dans Femmes au bord de la crise de nerfs (1989).


Son esthétique fait chaud au cœur

Leur esthétique kitsch assumée rend les films de Pedro Almodóvar facilement identifiables. Comédies, drames ou thrillers sont également marqués par des couleurs vives, des musiques sirupeuses et un sens aigu du mélodrame. Le rouge, sa teinte de prédilection, nimbe la plupart de ses longs-métrages. Loin d’être ringard, ce cocktail donne des œuvres bouleversantes comme Volver ou Julieta. Et des comédies réjouissantes telles Qu’est-ce que j'ai fait pour mériter ça ! (1984).


Sa liberté de ton est indémodable

Il n’y a que Pedro Almodóvar pour réussir, sans vulgarité, à détourner un jouet pour enfant à des fins masturbatoires (Attache moi !, 1990). La franchise avec laquelle il aborde l’homosexualité (La loi du désir, 1986), la religion (Dans les ténèbres, 2006), la transsexualité La mauvaise éducation, 2004) ou la mort (Parle avec elle, 2002) sont uniques. On ne s’ennuie jamais en compagnie d’un réalisateur qui, en filmant l’Espagne, touche à l’universel. Grâce à lui et à ses films, la Movida vibre encore et vivra toujours.