«Les Beaux jours d'Aranjuez»: Wim Wenders signe le film ultime en 3D

RELIEF Annonçant la fin prochaine de la 3D au cinéma, Wim Wenders sort un film ultime dans ce format, «Les Beaux jours d'Aranjuez», qu'il considère comme son plus personnel...

Stéphane Leblanc

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Wim Wenders et son équipe lors de la projection des Beaux jours d'Aranjuez le 1er septembre 2016 à la Mostra de Venise
Wim Wenders et son équipe lors de la projection des Beaux jours d'Aranjuez le 1er septembre 2016 à la Mostra de Venise — CCH/WENN.COM/SIPA

C’est un film gonflé, certains diront « gonflant », certes un peu bavard mais exceptionnel à plus d’un titre. « C’est mon premier film pour lesquels mes désirs sont devenus réalités, confie Wim Wenders à 20Minutes, avec sa façon habituelle de dissimuler un réel enthousiasme sous une grosse couche de modestie. « Je rêvais depuis longtemps de filmer un couple en 3D. » Les Beaux jours d’Aranjuezest un film apparemment très simple, mais si savamment orchestré que tout ce qu’avait imaginé le réalisateur allemand s’est concrétisé à l’écran.

Un écrivain imagine un dialogue entre un homme et une femme (à moins que l’homme et la femme ne dictent son texte à l’écrivain). Nous sommes au commencement de leur histoire (« ou à la fin », note avec humour Reda Kateb, car même si l’homme interroge la femme ses premières expériences sexuelles, ils ont l’air de bien se connaître…), dans un jardin idyllique (entre paradis perdu et paradis retrouvé) sur une colline ensoleillée avec une vue au loin sur un Paris désert, laissant songer qu’on se trouve peut-être en pleine anticipation postapocalyptique…

« Pour incarner cet homme qui se dévoile par ses question, Wim m’a demandé d’être cool, d’être moi-même et il a suffi de s’approprier le texte pour que cela se concrétise », raconte Reda Kateb, que le cinéaste a choisi, non pas pour les rôles violents dans lesquels il l’avait vu et qui l’avaient impressionné, mais « parce qu’il a en lui un côté très joueur ». Une « légèreté » idéale pour interpréter ce texte en forme de jeu du chat et de la souris que Peter Handke a dédié à sa femme, la comédienne Sophie Semin qui donne la réplique à Reda Kateb dans le film.

Le fin du fin de la 3D

« Peter m’a offert sa pièce parce qu’il l’a écrite en français, confirme-t-elle, mais l’idée est plus ancienne que notre rencontre. Ce n’est donc pas du tout mon histoire, car il y a plein de femmes dans cette femme », assure l’actrice pour achever de brouiller les pistes. Soit. Rien n’est donc vraiment certain dans Les beaux jours d’Aranjuez et ce sont justement ces flottements qui lui donnent tout son charme.

En plus de la sensibilité toute personnelle avec laquelle Wim Wenders dompte la matière du film, l’image et le son. La 3D « en profondeur naturelle », mise au point pour son documentaire sur Pina Bausch en 2011, « s’est allégé et simplifiée », estime le réalisateur, et donne une fois de plus une sensation intense de proximité avec les personnages, l’impression d’être face à des acteurs de chair et de sang.

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Quant au son, il provient d’un authentique juke-box Wurlitzer, « véritable protagoniste du film », pour le cinéaste. Les titres joués inspirent à la fois l’auteur et le couple qui en fredonne les chansons. Quand ce personnage mécanique s’incarne à la fin sous les traits de Nick Cave, on se dit qu’il fallait oser, mais c’est beau.

La fin du cinéma d’auteur en 3D

En évoquant le juke-box de ses années de jeunesse, Wim Wenders est conscient d’évoquer « un temps révolu ». Tout comme il regrette l’époque encore proche, où il s’est lancé dans le cinéma expérimental en 3D. « En stoppant leurs investissements parce que la consommation de masse ne suit pas, les industriels sont en train de signer l’arrêt de mort de la 3D », déplore le cinéaste qui redoute, qu’un jour, « on ne puisse plus voir les films tournés par ce procédé novateur ».

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En même temps que Les Beaux jours d’Aranjuez signe, d’une certaine façon, la fin du cinéma d’auteur en 3D, l’innovant Wim Wenders n'est-il pas tenté de se tourner vers la réalité virtuelle ? « J’ai essayé ces casques, bien sûr. Pour se retrouver en immersion dans un documentaire, la réalité virtuelle peut devenir un instrument fantastique, mais pour raconter des histoires je ne crois pas. »