Ken Loach: «Je donnerai la parole aux opprimés jusqu'à mon dernier souffle»

DRAME Sa chronique poignante entre deux exclus du marché du travail a valu au réalisateur britannique une deuxième Palme d’or méritée...

Caroline Vié

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Dave Johns et Hayley Squires dans Moi, Daniel Blake de Ken Loach
Dave Johns et Hayley Squires dans Moi, Daniel Blake de Ken Loach — Le Pacte

Sa deuxième Palme d’or,Ken Loach la mérite largement. Le réalisateur britannique de 80 ans n’a pas perdu la rage de sa jeunesse et le montre avec le bouleversant Moi, Daniel Blake.

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On suit les tribulations d’un chômeur de 59 ans qui sympathise avec une mère de famille désargentée dans cette chronique d’une galère ordinaire portée par Dave Johns et Hayley Squires, tout en sobriété.

Aussi positif que possible

Le pathos n’est pas le genre du réalisateur de Jimmy’s Hall (2014). « La situation de mes personnages est si difficile qu’il serait indécent d’en rajouter, confie-il à 20 Minutes. Je veux cependant rester positif en montrant l’entraide entre de petites gens broyées par un système inhumain. » La jeune maman et l’ébéniste cardiaque vivent une relation aussi solide que platonique.

Il l’aide en accomplissant de menus travaux dans son appartement, elle cuisine pour lui et cela forme les bases d’une amitié intergénérationnelle basée sur la solidarité. « Je crois en cette force de lutte insiste Ken Loach, car c’est en s’organisant qu’on peut bousculer un système qui nie les êtres humains. » Le cinéaste trouve un équilibre ténu pour décrire les épreuves de personnages que la société n’épargne pas.

La vie des chômeurs

De séances informatiques délirantes au Pôle emploi anglais à une scène déchirante dans une banque alimentaire, Loach n’hésite pas à aborder son sujet de front. « L’action de mon film se déroule en Grande-Bretagne, mais ce que je raconte est international, martèle-t-il. Moi, Daniel Blake est un cri d’alarme que j’espère que le public entendra. » Il a en tout cas trouvé un écho auprès du jury cannois présidé par George Miller.

L’empathie palpable que le réalisateur communique au spectateur rejaillit sur tout le film provoquant tour à tour l’indignation ou le chagrin voire un timide sourire devant l’absurdité de règles délirantes. « Tout est vrai dans ce que je montre, insiste le cinéaste. Les demandeurs d’emploi subissent des humiliations constantes dans tous les domaines de leur vie. »

Toujours sur le pont

Après avoir vu ce film vibrant d’indignation, on ne peut que souhaiter voir Ken Loach reprendre le chemin des plateaux pour une nouvelle œuvre militante. « Je veux donner la parole aux opprimés et je le ferai jusqu’à mon dernier souffle ! », s’exclame-t-il. On aimerait le voir rester encore longtemps le porte-parole de sans-grade qu’il filme avec une remarquable humanité.