«La Danseuse»: Soko et Lily-Rose Depp évoquent les rivales Loïe Fuller et Isadora Duncan

BIOPIC Loïe Fuller fut la première grande vedette internationale de la danse solo, son succès fut éclipsé par celui d’Isadora Duncan, qu’elle contribua à faire connaître…

Anne Demoulin

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Soko et Lily-Rose Depp dans «La Danseuse».
Soko et Lily-Rose Depp dans «La Danseuse». — Wild Bunch Distribution

Deux actrices pour deux danseuses. Soko et Lily-Rose Depp ont fait sensation au Festival de Cannes dans la section Un Certain Regard avec La Danseuse, premier film de Stéphanie Di Giusto, qui sort en salle ce mercredi. Dans ce biopic, l’une, campe Loïe Fuller, danseuse cachée dans un tourbillon de voile et icône oubliée de la Belle époque, l’autre, Isadora Duncan, danseuse prodige et dénudée et grâce toujours adulée.  Soko et Lily-Rose Depp racontent à 20Minutes Loïe Fuller et Isadora Duncan.

Loïe Fuller, vue par Soko

La Danseuse raconte la vie de l’Américaine Loïe Fuller, qui, avec sa Danse Serpentine, devint l’une des gloires du Paris de la Belle époque. « Stéphanie Di Giusto m’a proposé un scénario sur la vie d’une fille qui était hypermoderne à son époque », confie Soko.

Loïe Fuller ne dispose d’aucune des qualités naturelles requises pour devenir une danseuse. « Elle découvre son art tard. Elle a 27 ans quand elle commence à danser. Du coup, elle doit compenser avec beaucoup de travail, de douleur et de souffrance », explique l’actrice, bluffante dans le rôle.

Des Etats-Unis aux Folies Bergère en passant par l’Opéra de Paris, la pionnière de la danse moderne répète, encore et encore, pour atteindre « l’esthétique de la perfection » au risque d’user prématurément le corps, de se briser le dos, de se brûler les yeux avec ses éclairages. « Elle est passionnée, acharnée. Elle contrôlait tout ce qui se passait sur scène, les techniciens, les lumières », commente Soko.

« Loïe Fuller se cachait derrière sa technique, parfaite. Elle a tout réinventé pour se cacher parce qu’elle était très vulnérable, parce qu’elle ne s’aimait pas. Elle a créé une magie à partir de ses faiblesses », analyse encore la comédienne. Loïe Fuller est de ces artistes pour qui la création est un « truc vital » qui mène à l’autodestruction.

Isadora Duncan, vue par Lily-Rose Depp

Une chute précipitée par sa rencontre avec un envoutant et gracieux prodige. On dit d’Isadora Duncan qu’il lui suffisait d’apparaître pour créer l’événement. Quand on s’appelle Lily-Rose Depp, c’est pareil. « Cette icône a révolutionné le monde de la danse. Elle a été la première danseuse à se dénuder sur scène, elle était tellement dans le naturel et l’abandon », brosse la prometteuse actrice.

« Isadora Duncan est hypercoquine, manipulatrice et séductrice », concède cependant Lily-Rose Depp. L’engouement pour Isadora Duncan fut tel qu’il éclipsa le succès de Loïe Fuller, qui contribua à la faire connaître en Europe.

« Se lâcher, s’abandonner dans la danse était le plus important pour Isadora. Elle voulait juste prendre du plaisir, s’amuser en dansant. Loïe, de son côté, voulait tellement que tout sur scène soit beau et parfait qu’elle en souffrait émotionnellement et physiquement », souligne Lily-Rose Depp.

« Loïe voit dans Isadora tout ce qu’elle ne sera jamais », estime encore la jeune actrice. Et inversement. « Elles se nourrissent l’une de l’autre », réplique Soko. Deux danseuses pour deux façons d’être artiste.