Xavier Dolan: «Tout le monde peut se reconnaître dans la famille de "Juste la fin du monde"»

DRAME Avec « Juste la fin du monde », Xavier Dolan émeut profondément en dirigeant de grands comédiens français au meilleur de leur forme…

Caroline Vié

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Marion Cotillard et Vincent Cassel dans Juste la fin du monde de Xavier Dolan
Marion Cotillard et Vincent Cassel dans Juste la fin du monde de Xavier Dolan — Shayne Laverdière/Diaphana

Xavier Dolan n’a certes pas remporté la Palme d’or dont il rêvait lors du dernier Festival de Cannes. Il a quand même raflé le Grand Prix (en plus du Prix œcuménique) avec le magnifique Juste la fin du monde.

Pour ce sixième film, le réalisateur québécois de 27 printemps a choisi d’adapter une pièce autobiographique de Jean-Luc Lagarce (1957-1995), l'histoire d'un jeune homme qui revient dans sa famille pour annoncer qu'il est atteint d'une maladie grave.

Une brochette de stars

Après avoir connu les faveurs des spectateurs pour Mommy (2014), Dolan a eu les moyens de diriger une pléiade de stars françaises pour cette chronique cruelle en forme de règlements de compte. « Je ne considère pas mes acteurs en termes de notoriété, confie-il à 20 Minutes. Je les ai choisis parce qu’ils me semblaient parfaits pour leurs rôles. »

Avoir Gaspard Ulliel, Nathalie Baye, Léa Seydoux, Marion Cotillard et Vincent Cassel au générique va permettre au réalisateur de Tom à la ferme (2014) et des Amours imaginaires (2010) d’attirer en salle un public encore plus large. « Le thème de ce film est aussi plus général, car je pense que tout le monde peut se reconnaître dans la famille que je décris. »

Quelque chose de Dolan

Une famille dysfonctionnelle, où la stupeur du héros (Gaspard Ulliel), tranche avec les rancoeurs du reste de la fratrie, tandis que la maman (Nathalie Baye) tente avec un succès incertain d’éviter que les retrouvailles tournent au pugilat. « Tous ces personnages ont quelque chose de moi et les comédiens l’ont compris », déclare Dolan.

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La beauté du texte de Lagarce et l’intensité de l’interprétation fauchent le spectateur dès les premiers échanges. « C’est sans doute leur façon de se dire qu’ils s’aiment. Ma famille était de ce genre-là, à hurler tout le temps. Leur peine à communiquer me touche directement », reconnaît le réalisateur. On est emporté par un déferlement d’émotions.

Faire donner le meilleur aux acteurs

Est-ce parce qu’il est comédien lui-même ? Xavier Dolan confirme ici qu’il est un extraordinaire directeur d’acteurs. Il fait notamment sortir ses tripes à Vincent Cassel, impeccable en frangin agressif. « On a beaucoup parlé en amont. Il faut prendre le temps de s’assurer qu’on est sur la même longueur d’onde ce qui fait gagner du temps ensuite. »

Marion Cotillard surprend aussi en belle-sœur dont l’apparente timidité cache un profond mal-être. « Tous m’ont fait une confiance absolue, se souvient Xavier Dolan. En fait, leur violence s’exprimait pendant les prises et ils m’ont donné le meilleur d’eux-mêmes sans rivalité. » Chacun est tour à tour la vedette de ce film choral.

Eviter le théâtre filmé

Xavier Dolan a toujours eu un goût certain pour les effets théâtraux et les affrontements cataclysmiques entre personnages aux tempéraments volcaniques. « Ceux qui aiment mon cinéma ne seront pas dépaysés par Juste la fin du monde », précise-t-il. Sa mise en scène fluide et ses gros plans obsédants sont là pour faire oublier qu’il adapte une pièce.

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Le réalisateur s'est remis de l'accueil en demie-teinte que son film a reçu en mai sur la Croisette. S'il tourne en ce moment son premier film américain, The Death and life of J. Donovan avec Jessica Chastain dans le rôle principal, il a déjà annoncé qu’il ne comptait pas le présenter à Cannes.