Frank Henenlotter à L’Etrange Festival: «Nous avons perdu notre légèreté et notre humour noir»

HORREUR Invité d’honneur de L’Etrange Festival, jusqu’à la fin de la semaine au Forum des images, à Paris, le maître classique de la série B horrifique, surprend par son parcours éclectique…

Caroline Vié

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Patty Mullen dans Frankenhooker de Frank Henenlotter
Patty Mullen dans Frankenhooker de Frank Henenlotter — Carlotta

Réalisateur de grands classiques du cinéma gore comme les trois volets de Frère de sang - Basket Case (1982-1992) mais aussi Frankenhooker (1990) (édités par Carlotta en DVD et Blu-ray superbes), Frank Henenlotter n’a pas volé son titre d’invité d’honneur de L’Etrange Festival.

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« Mes premiers films d’horreur montrent le New York des années 1980, celui d’avant la gentrification », explique le cinéaste à 20 Minutes. Ses séries Z jouissives et assumées ont pris ainsi, selon lui, « une valeur de documentaire ».

De l’horreur au docu

C’est d’ailleurs un documentaire que le cinéaste a récemment réalisé : Chasing Banksy (2015), sur deux jeunes gens qui ont récupéré des œuvres du célèbre street-artist à la Nouvelle Orléans sur des murs d’immeubles dévastés par l’ouragan Katrina. « Le plus drôle est que nous avons réellement trouvé Banksy. Un ami a identifié cet artiste qui ne montre jamais son visage et il l’a convaincu de se rendre à la fête d’anniversaire de l’un de mes héros. Il est venu avec trois potes et nous a laissés deviner qui était le vrai Banksy. Je crois savoir, mais je ne trahirai pas son secret », raconte Henenlotter qui conclut son nouveau film avec cette anecdote.

Des problèmes de culte

Henenlotter, 66 ans, a eu toutes les peines du monde à faire distribuer le film. « Mon nom est un handicap. Les gens peinent à m’associer à un projet artistique », avoue-t-il. Le cinéaste ne renie pas le genre qui l’a fait connaître. « Je suis heureux de voir que mes films existent toujours. C’était inimaginable quand ils ont été tournés avec des moyens de misère ! » Il ne les revoie pourtant jamais. « Pendant une signature, la librairie spécialisée dans le fantastique Metaluna passait un extrait de Basket Case. J’ai éclaté de rire en entendant une réplique avant de me rendre compte, gêné, que c’était mon propre film que j’avais oublié. »

L’horreur est toujours là

Frank Henenlotter qui adorait poser en (faux) cadavre devant les grands monuments du monde entier et divers autres décors a arrêté par respect pour les victimes des attentats en Europe. « Ce qui était drôle dans les années 1980-1990 ne peut plus l’être aujourd’hui, déplore-t-il. Nous avons perdu notre légèreté et notre humour noir. »

Frank Henenlotter fait le mort
Frank Henenlotter fait le mort - F. Henenlotter

Le réalisateur reste cependant confiant sur l’avenir du cinéma d’horreur. « Tant que les films ne sont pas ancrés dans la réalité, les gens continueront à apprécier d’avoir peur devant un écran parce que c’est un merveilleux exutoire ! » Après un nouveau documentaire sur Mike Diana, un artiste qui fut condamné pour obscénité, il envisage de revenir au gore, son genre de prédilection.