François Ozon: «"Frantz" parle d’une peur, celle de l’étranger, toujours aussi forte aujourd’hui»

MELODRAME François Ozon dirige Pierre Niney dans cette histoire bouleversante située après la Première Guerre mondiale…

Caroline Vié

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Paula Beer et Pierre Niney dans Frantz de François Ozon
Paula Beer et Pierre Niney dans Frantz de François Ozon — Mars Films

Pour arriver à financer Frantz, François Ozon en a bavé. « Convaincre des producteurs de mettre de l’argent dans un film en noir et blanc, en allemand sous-titré et en costumes n’a pas été une mince affaire », se souvient-il pour 20 Minutes. Ce mélodrame superbe dans lequel Pierre Niney, soldat français survivant de la Première Guerre mondiale, rend visite à la famille d’un ennemi mort au combat est une merveille.

« Aujourd’hui, alors que les gens réclament des frontières et sont de plus en plus nationalistes, j’avais envie de raconter cette histoire qui prône la fraternité entre les peuples et montre que la guerre tue des deux côtés », raconte le cinéaste. Il est judicieux de préparer des mouchoirs en papier avant la vision de ce grand mélodrame.

Des sujets actuels dans un film d’époque

Les rapports du jeune homme brisé par ce qu’il a vécu avec les parents et la fiancée du disparu (sublime Paula Beer, une découverte) permettent au réalisateur d’Une nouvelle amie d’aborder des thèmes très actuels. « Je mets dos à dos le nationalisme des Français et des Allemands pour montrer que les combattants étaient semblables, précise-t-il à 20 Minutes. Les réactions xénophobes que provoque mon héros sont très actuelles : Frantz parle d’une peur, celle de l’étranger, toujours aussi forte aujourd’hui. »

Dans une scène clef, la jeune fille allemande entend la Marseillaise dans un café parisien. « Je trouvais passionnant de montrer son point de vue face à ces paroles belliqueuses car la violence était dans les deux camps », insiste le cinéaste.

Le mensonge en question

L’émotion affleure quand on découvre les véritables motivations d’un héros aussi fragile que courageux. « A notre époque où on parle constamment de transparence et où on veut tout connaître de la vie privée des gens, il me semblait intéressant de déclarer que toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire ni à savoir », précise François Ozon.

Le mensonge est au centre de son récit. Il se révèle tantôt douloureux ou bienfaisant selon les personnes qui le transmettent ou le reçoivent. « C’est un peu comme le cinéma où on a besoin de croire à ce qu’on voit si on veut profiter du film. Frantz est une apologie de la fiction », s’amuse le réalisateur qui évolue en équilibre entre récit fictif et réalité cruelle pour déboucher sur un fantastique message d’espoir.

Un film totalement européen

Librement inspiré du film Broken Lullaby (1932) d’Ernst Lubitsch, lui-même basé sur une pièce de Maurice Rostand, Frantz est une œuvre résolument multiculturelle. « Je suis enchanté que ce film, joué par des Allemands et des Français et réalisé par un Français, fasse sa première mondiale à la Mostra de Venise. C’est tout à fait dans l’esprit d’un long-métrage totalement européen. »

Cette belle histoire qui insiste sur les dommages collatéraux d’une guerre atroce plonge dans la psychologie de personnages sévèrement traumatisés. « Pierre Niney a appris l’allemand en phonétique épaulé par Paula Beer qui parle français. N’est-ce pas un bel exemple de fraternité entre les peuples ? », sourit François Ozon. Frantz est, en tout cas, l’une de ses plus grandes réussites.