Festival de Deauville: Pourquoi le vrai flic de «Infiltrator» n'aime pas les polars

TEMOIGNAGE L'ex-taupe Robert Mazur, incarné par Bryan Cranston dans le très efficace polar «Inflitrator», avait ses raisons de se montrer à la fois bavard et discret sur les Planches...

De notre envoyée spéciale à Deauville, Caroline Vié
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Bryan Cranston et John Leguizamo dans Infiltrator de Brad Furman
Bryan Cranston et John Leguizamo dans Infiltrator de Brad Furman — ARP Sélection

Robert Mazur a été l’un des invités les plus médiatisés et les plus discrets du Festival de Deauville. Médiatisé parce qu’il a inspiré Infiltrator de Brad Furman, qui sort ce mercredi dans les salles.

Et discret parce que cette ex-taupe dans les cartels colombiens a toujours sa tête mise à prix par les narcotrafiquants. « Je gère parfaitement le paradoxe d’être à la fois un homme de l’ombre et de la lumière » explique-il à 20 Minutes.

De la réalité à la fiction

Ce petit monsieur au physique passe-partout insiste pour ne pas être pris en photo et pour que son visage soit flouté pour la télévision. « J’accepte de parler pour continuer à faire passer mon message de lutte conte la drogue mais j’essaye de courir le moins de risques possible et cela m’a plutôt réussi jusqu’ici. »

Il est ravi d’être incarné par Bryan Cranston (Breaking Bad) dans Infiltrator et il le définit comme son « alter ego fictif » qu’il a longuement rencontré avant et pendant le tournage. « La vie est toujours plus intéressante qu’une fiction, insiste-t-il mais je suis fier du film qui est aussi réaliste que possible. »

Les polars le mettent en colère

Ses débuts au cinéma, Robert Mazur les doit à Michael Mann dont il a été le conseiller technique sur Deux flics à Miami (2006). « Je ne suis pas un grand cinéphile. C’est peut-être pour cela que j’ai du mal à me voir comme un héros de cinéma. Les gens imaginent qu’être une taupe est excitant alors qu’en fait, c’est souvent routinier car ancré dans le quotidien et donc peu cinématographique. »

L’ex-agent du FBI qui a aujourd’hui fondé son agence de consultant s’arrache les cheveux devant l’écran : « Quand je regarde des polars, je m’agace devant les invraisemblances qui m’empêchent d’entrer dans l’intrigue », confie-t-il.

Donner le bon exemple

Rien n’énerve davantage l’ancien agent que la glorification de la violence ou du monde de la drogue. « Des films comme Scarface (Brian DePalma, 1983) sont dangereux car ils montrent des héros totalement irréalistes, mais séduisants pour les jeunes. Dans la réalité, un gangster flamboyant comme Scarface se ferait descendre tout de suite. Les vrais trafiquants de drogue sont des hommes d’affaires posés et discrets. »

Robert Mazur compte continuer à travailler pour le cinéma. « Je ressens une responsabilité à l’idée de lutter contre la drogue en la rendant la moins glamour possible et le 7e Art est un vecteur parfait pour le faire. » Infiltator est un parfait exemple de sa nouvelle mission.