«Nocturama»: Pourquoi le nouveau film de Bertrand Bonello est aussi beau que dérangeant

TERREUR Le réalisateur de « Saint Laurent » suit des jeunes gens s’apprêtant à commettre des attentats dans Paris…

Caroline Vié

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Nocturama de Bertrand Bonello
Nocturama de Bertrand Bonello — Wild Bunch

Quand Bertrand Bonello a commencé le tournage de Nocturama, son film s’appelait Paris est une fête. Il a modifié son titre après les attentats du 13 novembre 2015, en s’inspirant de celui d’une chanson de Nick Cave. Son film très intense met profondément mal à l’aise en suivant le parcours de futurs terroristes sur le point de passer à l’action. « Je ne suis pas là pour me substituer à un journaliste, un sociologue, ou un historien. Mon but n’est pas de décrypter l’actualité, ni de la commenter », explique Bertrand Bonello.

Extérieur et intérieur

La mise en scène brillante du réalisateur de L’Appollonide(2011) et de Saint Laurent (2015) prend le spectateur dans ses rets dès les premières images de ce thriller conçu en deux parties distinctes : les préparatifs tournés en extérieurs où les protagonistes sillonnent la capitale en métro tandis qu’ils posent leurs bombes et l’attente nocturne dans un grand magasin avant les explosions. « Le passage de l’extérieur à l’intérieur permet aussi un passage d’une réalité à une abstraction, d’un monde réel à un monde fantasmé », précise Bonello qui signe aussi la musique du film.

Esthétique et dérangeant

Des comédiens épatants (les révélations Manal Issa et Hamza Meziani mais aussi Finnegan Oldfield découvert dans Les cowboys de Thomas Bidegain et le toujours parfait Vincent Rottiers) rendent l’ensemble tellement crédible que le malaise va crescendo. Le décalage entre l’insignifiance de ces jeunes d’origines différentes et l’horreur qu’ils vont commettre est difficile à appréhender. Il est accentué dans la seconde partie du film où les protagonistes deviennent des fantômes totalement abstraits de la réalité qui se déchaîne à l’extérieur.

Esthétique et incorfortable

Ce conte élégiaque ne fait pas de cadeau. Nocturama n’a rien de confortable. Le réalisateur y aborde de front un sujet brûlant de l’actualité avec une esthétique puissante qui secoue tout autant qu’elle émerveille. Bertrand Bonello ne sacralise en rien les agissements de ses « héros ». Il invite à s’interroger sur leurs choix inacceptables au nom d’une utopie qui finit par leur échapper. Cela fait du bien du bien de sortir d’une salle de cinéma avec des questions plein la tête, mais on se demande s’il était judicieux de traiter du terrorisme par une mise en scène aussi soignée…