«Divines»: Une bande de filles qui a du «clito» et du cœur

BANLIEUE Lauréat de la Caméra d'or, le film énergique et féministe de Houda Benyamina met en scène une superbe bande de filles en banlieue…

Caroline Vié

— 

Oulaya Amamra dans Divines de Houda Benyamina
Oulaya Amamra dans Divines de Houda Benyamina — Diaphana

Lors de la remise de la Caméra d’or à Cannes pour Divines, le speech hors norme de Houda Benyamina, vantant les attributs "clitoridiens" du sélectionneur de la Quinzaine des réalisateurs Edouard Waintrop, en a fait rire certains, et agacé d'autres, par son enthousiasme sans filtre. 

Mais ce long-métrage sur les destins entremêlés de jeunes filles de banlieue est à cette image : foisonnant, riche, et foutraque. Quand la cinéaste et ses héroïnes disent que quelqu’un a « du clito », c’est que la personne possède à la fois du courage et de la personnalité. Un compliment qui colle avec l'énergie du film.

La rage au corps et au cœur

Ce « clito » dont parlent les demoiselles au langage fleuri, c’est en effet la hargne qu’il faut pour survivre en banlieue.

C’est d’ailleurs en partant des émeutes de 2005 que la cinéaste a commencé à écrire son histoire. « Moi aussi, j’ai eu envie de sortir et de tout défoncer, précise-t-elle. Et je me suis ensuite demandée pourquoi cette colère n’avait pas abouti sur une révolte. » On pense un peu à L’Esquive d'Abdellatif Kechiche (2005) et beaucoup à Bande de filles de Céline Sciamma (2014) même si les copines de Divines ont leur propre personnalité que la réalisatrice révèle avec une énergie communicative.

S’élever à tous prix

Doumia (incarnée par Oulaya Amamra, jeune sœur de la réalisatrice) et sa meilleure amie veulent échapper à leur cité même si cela veut dire travailler pour une dealeuse. Le « Money, money, money » qu’elles crient est le nerfs de la guerre mais pas le seul souci dans un environnement où misère, religion et violence menacent leurs libertés. « Mon besoin de créer vient toujours d’un sentiment d’injustice », explique Houda Benyamina. Elle communique l’urgence de vivre de ces gamines que la vie n’a pas aidées.

Féministes version 2.0.

Il est facile de s’attacher à des filles qui réinventent le féminisme pour ne pas se laisser broyer par la société. Quand le film prend des allures de polar, il jongle avec les clichés masculins de ce genre cinématographique. Dans Divines, c’est le garçon qui est l’enjeu amoureux et qui pratique la danse. La réalisatrice ne masque jamais la dureté de la réalité, mais elle montre aussi les joies que réservent Snapchat et les vidéos tournées entre potesses. Ses Divines galvanisantes ont autant d’âme que de clito et c’est pour cela qu’elles restent durablement dans la tête et dans le cœur du spectateur.

>> A lire aussi : Secrets de tournage, «Mechanic Résurrection» tourne ses scènes brésiliennes en Asie