«L'économie du couple»: Bérénice Bejo et Cédric Kahn se déchirent pour Joachim Lafosse

DRAME Joachim Lafosse autopsie la rupture douloureuse de deux époux dans cette chronique sans concession…

Caroline Vié

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Cédric Kahn et Bérénice Bejo dans L'économie du couple de Joachim Lafosse
Cédric Kahn et Bérénice Bejo dans L'économie du couple de Joachim Lafosse — Fabrizio Maltese/La Pacte

Ils se sont aimés, ont donné naissance à d’adorables jumelles mais ne peuvent plus se supporter. Pour écrire L’économie du couple, découvert à la Quinzaine des réalisateurs en mai dernier, Joachim Lafosse s’est inspiré de sa propre séparation avec la mère de son fils. Mais il n’est pas pour autant cynique, ni blasé. « Mon film évoque une rupture mais il est conçu pour inviter les gens à essayer de ne pas se séparer », explique le cinéaste belge à 20 Minutes.

L’argent au centre du conflit

Pour des raisons financières, ses héros, campés par Bérénice Bejo et Cédric Kahn d’une sobriété implacable, sont contraints de cohabiter dans la maison qu’ils ont aménagée ensemble. « Après quinze ans de vie commune, ils ont fini par oublier de se regarder l’un l’autre et ne se souviennent plus de ce que chacun a apporté à la relation. » Un apport financier pour elle alors que lui a beaucoup donné de son temps, notamment pour les travaux. Tous deux se déchirent sur le partage de leur bien au point d’en négliger l’équilibre de leurs fillettes. « Pour moi, l’argent n’est qu’un symptôme d’une crise beaucoup plus profonde », précise Lafosse.

Une mise en scène discrète

Souvent intense et parfois très dur, L’économie du couple plonge le spectateur au cœur des affrontements entre les deux époux dans un pavillon transformé en zone de combat. « Ce n’est pas un film violent et il y a même de vrais moments de tendresse, insiste Joachim Lafosse. Ne serait-ce que par ce que je n’ai voulu avantager aucun des personnages, comme les enfants qui ne peuvent choisir entre papa et maman. » Aussi butés l’un que l’autre, les anciens amants apparaissent tour à tour touchants ou odieux dans leur entêtement. « J’ai souhaité une mise en scène fluide et très discrète », insiste Lafosse.

La vie plus belle que les films

A l’exception du méconnu Ça rend heureux (2006), le réalisateur aime à se concentrer sur des thèmes graves : infanticide dans A perdre la raison (2012) ou abus des ONG dans le tout récent Les chevaliers blancs. « Je fais des œuvres dures pour montrer que la vie est plus belle que les films », plaisante Joachim Lafosse. Cette chronique marque profondément par sa justesse. « Si à la fin la projection, les spectateurs ressentent le besoin de parler à la personne qu’ils aiment, j’ai gagné mon pari », insiste Joachim Lafosse. Entre Kramer contre Kramer (1980) etQui a peur de Virginia Woolf ? (Mike Nichols, 1966), son autopsie d’une rupture glace le sang mais réchauffe aussi le cœur.