«La Tortue rouge» vogue entre l'Extrême-orient et l'Occident

ANIMATION Ce poème épuré sur les les aventures poétiques d'un naufragé a fait vibrer Cannes et Annecy...

Caroline Vié

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La tortue rouge de Michaël Dudok de Wit
La tortue rouge de Michaël Dudok de Wit — Wild Bunch Distribution

Attention chef-d’œuvre !La tortue rouge de Michaël Dudok de Wit a enchanté les festivals de Cannes et d’Annecy. Ce conte suit l’aventure d’un naufragé sur une île de déserte en faisant partager ses rencontres surprenantes, amusantes et poétiques. Coécrit par Pascal Ferran, c’est la première coproduction européenne du Studio Ghibli. « Ce sont eux qui sont venus me chercher mais le film est réalisé sous la loi française qui respecte davantage les auteurs que la loi japonaise », raconte le réalisateur néerlandais à 20 Minutes.

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Le passage au format long

Michaël Dudok de Wit a eu un contrôle total sur son film. « J’ai eu des réunions avec Isao Takahata et le producteur Toshio Suzuki, précise-t-il, mais c’était moi qui étais client pour leurs conseils. Eux me disaient toujours qu’il s’agissait de mon film et que je faisais à mon idée. » Ce spécialiste du court-métrage, césarisé en 1996 pourLe moine et le poisson puis oscarisé en 2000 pour Père et fille, a d’abord eu du mal à se faire au format long. « Déjà parce que je ne dessinais plus moi-même, bien qu’ayant fait de nombreux croquis préparatoires. Ce sont des artistes européens qui ont fait ce travail pour moi. »

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Une communauté d’esprit

La Tortue rouge a été principalement réalisé en France avec le soutien notamment de Vincent Maraval car « les Japonais souhaitaient que j’ai un contact proche de moi », précise le cinéaste. Michaël Dudok de Wit se sent cependant très en phase avec l’esprit du studio Ghibli. « Il n’y a que Takahata-san pour parvenir à faire des haïkus cinématographiques qui disent beaucoup de choses sans être narratifs », avoue-t-il. Son admiration pour le réalisateur du Tombeau des lucioles (1988) et de Mes voisins les Yamada (1999) est réciproque. « La confiance qu’il m’a accordée a été d’un grand soutien pendant les moments de doute. »

Une histoire sans parole

Supprimer les dialogues n’était pas un choix économique (afin de mieux distribuer le film à l’international), mais artistique. « Après les avoir beaucoup travaillés avec Pascale Ferran, nous nous sommes rendu compte qu’ils n’étaient pas indispensables », déclare Michaël Dudok de Wit. L’épure semble avoir été la ligne directrice d’un récit simple et envoûtant qui ressemble à aucun autre film d’animation. « Peut-être parce que je pense en prises de vues réelles et que c’est là que se trouvent mes références », insiste le réalisateur. Quelles que soient les influences de son auteur, cette Tortue rouge est une œuvre unique, un bijou.