«Love and Friendship»: Jane Austen plus moderne que jamais grâce à Whit Stillman

COMEDIE Le réalisateur des « Derniers jours du Disco » se régale à adapter une œuvre méconnue de la romancière Jane Austen…

Caroline Vié

— 

Chloë Sevigny et Kate Beckinsale dans Love & Friendship de Whit Stillman
Chloë Sevigny et Kate Beckinsale dans Love & Friendship de Whit Stillman — Amazon studio/Sophie Dulac distribution

La romancière Jane Austen (1775-1817) n’a jamais semblé aussi moderne que dans Love & Friendship de Whit Stillman. Le réalisateur des Derniers jours du disco (1998) et de la série The Cosmopolitans (2014) y partage les aventures cocasses d’une belle veuve en quête d’un nouveau mari fortuné dans l’Angleterre du 18e siècle.Lady Susan (1794), ouvrage peu connu de l’auteur l’a inspiré. « Il y avait suffisamment de place dans ce livre de jeunesse pour que je puisse y apposer ma patte sans violer un chef-d’œuvre », explique le cinéaste à 20 Minutes.

Des personnages aux saveurs contemporaines

Ce qui marque immédiatement dans cette comédie étincelante, c’est à quel point ses personnages semblent actuels. « Quand je me promène à Palm Springs, je vois des Lady Susan à la pelle qui manipulent leurs époux comme des marrionnettes et traitent leurs propres filles comme des marâtres parce qu’elles sont jalouses de leur beauté ! », raconte Whit Stillman. Bien qu’elle ait tout d’une vraie garce, l’héroïne incarnée par Kate Beckinsale demeure attachante. « On peut comprendre ses motivations car elle tente de survivre dans un milieu hostile. »

Un gros travail sur les dialogues

On ne saurait trop recommander aux anglophones de déguster le film en version originale tant les dialogues sont travaillés. « Je déteste les expressions branchées et il m’arrive, dans la vraie vie, d’employer des expressions de Jane Austen. A tel point que, quand elles ont vu le film, mes filles ont cru que c’est moi qui les avaient inventées, » s’amuse le réalisateur. Certains échanges servis par Chloë Sevigny ou Stephen Fry pour égratigner leurs proches sont un pur régal ! « Je les encourageais à sortir les pires horreurs sur un ton enjoué. »

Indémodable mais pas féministe

Pour Whit Stilman, Jane Austen n’a rien d’une féministe. « Sa force vient de son don pour l’observation de ses personnages et de la façon bourrée d’humour dont elle les décrit. Elle est plus humaniste que féministe », estime-t-il. Sa mise en scène aussi somptueuse que malicieuse rend parfaitement justice à l’écrivain qu’il a découvert lorsqu’il avait 18 ans. « J’avais été largué par une copine et j’ai commencé par détester Jane Austen avant de la redécouvrir quelques années plus tard. » Le spectateur est ravi qu’il ait révisé son jugement pour lui offrir cette fresque romantique et ironique.