Festival d'Annecy: Jean-François Laguionie estime que «Disney a pourri le marché de l'animation»

ANIMATION Jean-François Laguionie, l'un des maîtres de l'animation française, a reçu une standing ovation pour son «Louise en hiver»...

Caroline Vié

— 

Louise en hiver de Jean-François Laguionie
Louise en hiver de Jean-François Laguionie — Gebeka

Jean-François Laguionie a reçu le Grand Prix d’Annecy en 1965 pour le court-métrage La demoiselle et le violoncelle. Il est de retour au festival cette année avec son cinquième long-métrage Louise en hiver et une exposition sublime sur son œuvre. Le réalisateur de L’'le de Black Mor (2004) et du Tableau (2011) était ému aux larmes par l’accueil triomphal que le public a réservé à son film dans une salle bondée. « C’était la première fois que je le montrais à un vrai public », confie-t-il à 20 Minutes alors qu’il est à peine remis de ses émotions.

>> A lire aussi : Guillermo Del Toro lance «Trollhunters», sa série d'animation

Un travail de mémoire

Cette projection et l’exposition ont conduit le cinéaste à se repencher sur sa carrière. « Je ne pensais pas avoir accompli autant de travail : sans doute parce que je l’ai fait par passion. Redécouvrir tout cela m’a causé un choc. J’avais oublié beaucoup de choses. » Fait amusant : Louise en hiver, superbe poème introspectif, est l’histoire d’une vieille dame qui s’habitue à vivre en solitaire dans une station balnéaire désertée.

« Je ne suis pas Louise, s’amuse le réalisateur de 76 printemps, et j’ai une meilleure mémoire que mon héroïne qui a oublié sa vie passée. » Il se souvient notamment du Festival d’Annecy au milieu des années 1960 « Nous n’étions alors qu’une poignée de cinéastes. L’évolution de la manifestation correspond à celle du monde de l’animation. »

Une autre conception de l’animation

Jean-François Laguionie avoue avoir du mal à situer ses films au sein de la production actuelle. « Les gens ne savent jamais dans quelle case me placer ce qui rend parfois le financement de mes œuvres compliqué », avoue-t-il. Et de continuer rêver d’un bel avenir pour l’animation pour adultes tel qu’il l’espérait grâce à La Planète sauvage (1973) de René Laloux.

« On a vraiment cru que cette histoire allait tout changer en abordant des sujets sérieux par le biais du dessin animé puis on a déchanté. Très vite, Disney a pourri le marché de l’animation en monopolisant l’exploitation. » Le réalisateur estime que les spectateurs ont aussi été longtemps responsables de l’appauvrissement du marché. « Mais les choses évoluent lentement dans le bon sens, déclare-t-il. Même si je ne suis plus là pour le voir, l’animation exigeante a de beaux jours devant elle. » Le réalisateur aussi : il a déjà deux projets encore secrets dans ses cartons à dessins.