«Folles de joie»: Comment Valeria Bruni Tedeschi a lâché son «petit policier intérieur»

INTERVIEW La comédienne décrit son rôle de mythomane «attachiante» dans «Folles de joie», road movie au féminin…

Caroline Vié

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Valeria Bruni-Tedeschi dans Folles de joie de Paolo Virzi
Valeria Bruni-Tedeschi dans Folles de joie de Paolo Virzi — Bac films

Dans Folles de joie de Paolo Virzi, Valeria Bruni Tesdeschi est détestable. Du moins son personnage de bourgeoise égocentrique. Blessante dans ses propos, irresponsable dans ses actes, cette inconsciente s’évade de l’asile avec une compagne totalement paumée ( Micaela Ramazzotti) dans un road-movie qui donne la part belle aux délires d'une actrice généreuse, également à l’affiche de Ma Loute de Bruno Dumont. Valeria Bruni Tedeschi a confié à 20 Minutes comment elle a créé ces deux faces de la folie.

Comment arrive-t-on à devenir une femme aussi excessive que l’héroïne de Folles de joie ?

J’ai pensé à Blanche Dubois d’Un tramway nommé Désir (Tennessee Williams). Je me suis demandée comment j’agirais si je n’avais pas de « surmoi », le petit policier intérieur qui fait que nous nous conduisons correctement en société. J’ai puisé dans ma propre personnalité pour créer cette femme qui n’a pas de filtre.

C’était un rôle compliqué ?

Il fallait surtout éviter de tomber dans la caricature. Elle devait être à la fois odieuse et attachante pour que le spectateur ne le déteste pas instantanément. C’était un rôle royal à partir du moment où j’ai trouvé une logique dans son incohérence. En fait, nous paraîtrions tous fous si nous laissions guider par nos envies et nos pulsions.

Est-elle proche de vous ?

C’est indispensable de se servir de ce qu’on est et de le modeler. Il faut sentir la matière résister comme un sculpteur qui travaille la pierre. Sur la pièce Rêve d’Automne dirigée par Patrice Chéreau, je n’ai jamais été aussi bonne qu'avec une cystite alors que je devais sortir de scène toutes les deux minutes !

Est-il important d’avoir mal ?

Je ne prétends pas qu’il est nécessaire d’être malade, mais il me faut souffrir un peu pour jouer. Cela m’est nécessaire mais je n’en use pas de même avec mes acteurs quand c’est moi qui mets en scène. J’essaye alors d’être généreuse, plus proche du soleil qui donne envie d’enlever sa veste, que du vent qui pousse à la serrer contre soi.

Tout le contraire de Bruno Dumont…

C’est vrai que Bruno n’est pas généreux en compliments, mais cela ne me pose pas de problème. Il m’a fait jouer une autre forme de folie, totalement guindée, tout en retenue. Mon petit policier intérieur qui était parti en vacances pour Folles de joie est revenu en force avec ses pistolets pour créer cette femme psychorigide.

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C’était autant l’horreur que l’a décrit Fabrice Luchini ?

Quand on est majeur et qu’on a accepté un projet de cette qualité, j’estime qu’on n’a moyennement le droit de se plaindre, mais Fabrice a une nature flamboyante. Quant à Bruno Dumont, c’est un «faux froid», déroutant de prime abord pour une Italienne très tactile comme moi, mais dont on découvre progressivement la véritable nature.

Vous tourneriez de nouveau avec lui ?

Bien sûr, car je suis toujours partante pour des projets intéressants artistiquement. On me propose finalement peu de choses en France, je ne m’explique pas bien pourquoi. Je suis pourtant gourmande d’expériences nouvelles et prête à travailler ne serait-ce que quelques jours avec des cinéastes puissants.