«The Neon Demon»: La mode, «cet univers où les filles ne sont que des cintres sans nom»

GORE La journaliste de mode Sabine Gorny a reconnu le milieu qu'elle cotoie quotidiennement dans le film saignant, mais réaliste, de Nicolas Winding Refn...

Caroline Vié

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Elle Fanning et Nicolas Winding Refn sur le plateau de The Neon Demon
Elle Fanning et Nicolas Winding Refn sur le plateau de The Neon Demon — The Jokers

DansThe Neon Demon, Nicolas Winding Refn décrit de façon impitoyable le milieu de la mode en suivant un futur mannequin incarné par Elle Fanning. Jalousée par ses aînées, exploitée par des photographes prédateurs, manipulée par de fausses amies, son héroïne plonge dans un cauchemar qui a semblé très juste à la journaliste Sabine Gorny, spécialiste de la mode pour France 3. « Le film rend parfaitement le côté morbide de cet univers où les filles ne sont que des cintres qui n’ont même plus de nom », explique-t-elle à 20 Minutes.

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Crédibles : le casting et les histoires de sang

Le côté gore du film où la jeune fille se fait dévorer l’a interpellée. « Les filles sont si jeunes et si maigres que la plupart n’auront jamais leurs règles. Elles auront également toutes les peines du monde à devenir mères. Ce monde qui est censé célébrer la féminité la gomme totalement. » Une scène de casting redoutable et des séances photo où on a l’impression que la jeune fille perd toute identité ont semblé tout à fait réalistes à la journaliste. « Les filles sont jugées en quelques secondes. Elles se ressemblent toutes et doivent être de plus en plus jeunes, certaines n’ont pas 14 ans. »

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Réalistes : le mythe de la jeunesse et les rivalités

Depuis les années 2000, les mannequins ont singulièrement rajeuni. « The Neon Demon montre les haines qui découlent de cette tendance car il n’existe pas d’opération qui permette de remplacer la véritable chair fraîche », insiste Sabine Gorny. L’atmosphère délétère à laquelle se trouve confrontée la charmante débutante n’a rien de fictif, entre rivalités fratricides et femmes qui se laissent dépérir de peur de prendre un gramme. « Il est dingue que cela fasse tant rêver alors que c’est si peu festif : on demande aux mannequins de ne pas sourire pour que l’attention reste fixée sur les vêtements. »

Irréaliste: l'héroïne est un peu trop ronde

Seul manque de réalisme au tableau : « Elle Fanning est magnifique et très menue mais elle serait beaucoup trop ronde pour faire carrière dans un monde où les mannequins doivent entrer dans des tailles 32, voire 30 ! » insiste Sabine Gorny. Les grandes maisons n’ont cependant pas apprécié la vision que Nicolas Winding Refn donne de la mode. « Aucune d’entre elles n’a voulu lui prêter des tenues et il a dû faire appel à de jeunes designers car cet univers veut préserver son image glamour. » Le réalisateur la malmène aussi avec son logo, clin d’œil taquin aux griffes de grands créateurs.

Le logo de Nicolas Winding Refn côté de son livre.
Le logo de Nicolas Winding Refn côté de son livre. - La Rabia