Xavier Dolan: «Le festival de Cannes est sur la pente de la haine»

INTERVIEW L’accueil mitigé de « Juste la fin du monde » a blessé le jeune prodige canadien, qui s’en est expliqué pour « 20 Minutes »…

De notre envoyée spéciale à Cannes, Caroline Vié

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Xavier Dolan et Marion Cotillard sur le tournage de Juste la fin du monde
Xavier Dolan et Marion Cotillard sur le tournage de Juste la fin du monde — Shayne Laverdière, courtesy of Sons of Manual Diapahna

Xavier Dolan est triste et visiblement blessé par l’accueil mitigé reçu par Juste la fin du monde en compétition. Adapté d’une pièce de Jean-Luc Lagarce, son nouveau film met en scène le retour d’un jeune homme malade (Gaspard Ulliel) dans sa famille (Nathalie Baye, Marion Cotillard, Léa Seydoux, Vincent Cassel) qu’il n’a pas vue depuis douze ans. A l’issue des séances de presse, certains ont applaudi, d’autres ont sifflé cette œuvre bouleversante, alors que Mommy, prix du jury en 2014, avait mis le réalisateur de 27 printemps sur le devant de la scène. Il s’est confié à 20 Minutes…

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Avez-vous mal pris l’accueil du film ?

C’était très violent. Je comprends qu’on puisse ne pas aimer Juste la fin du monde mais aller jusqu’à siffler le film, c’est indigne. Quand on n’aime pas un film, on peut sortir. Cette mode de la détestation est un problème à Cannes. Le festival retient ce qu’il estime être les meilleurs films de l’année, on se dit que les journalistes vont penser de même, que ceux qui sont là aiment le cinéma… Mais ils sifflent les films qui ne leur plaisent pas. Cannes devient un festival sifflant qui descend à vive allure la pente de la haine.

Pensez-vous qu’on vous fasse payer le succès de Mommy ?

Je sens une délectation à m’enfoncer chez certains qui se réfèrent sans cesse à mon jeune âge. Encore une fois, on peut ne pas apprécier mon travail, je ne m’attends pas à faire l’unanimité, mais écrire que je ne devrais pas avoir le droit de faire du cinéma est inacceptable. Il y a une façon de dire et d’écrire les choses. Ce n’est pas le fait que le film déplaise à quelques-uns qui fait mal, c’est la méchanceté gratuite. Les gens ne devraient pas se permettre ces excès.

Heureusement que vos acteurs vous soutiennent ?

Nous nous soutenons les uns les autres et nous avons aussi des gens comme vous qui nous envoient de l’amour. Mon film parle de violence, des choses qu’on ne dit pas mais qui ont quand même de l’impact sur la vie des gens. Cannes, c’est un peu le contraire. On dit tout trop fort et sans filtre, sans se soucier du mal que l’on fait. Nous sommes fiers de Juste la fin du monde que je considère comme mon film le plus abouti. J’espère que de plus en plus de gens finiront par l’aimer.