Festival de Cannes: Comment Cristian Mungiu a réussi son «Baccalauréat» haut la main

COMPETITION Si « Baccalauréat » relance la course à la palme d’or, c’est parce que Cristian Mungiu a l’art et la manière de mettre le doigt là où ça fait mal… « 20Minutes » a demandé au cinéaste quelles étaient ces questions qui obsèdent la société roumaine…

Stéphane Leblanc

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Baccalauréat de Cristian Mungiu
Baccalauréat de Cristian Mungiu — Le Pacte

Baccalauréat est un redoutable conte moral sur l’intégrité et les compromis dans lequel Cristian Mungiu instille du suspense pour aborder les questions qui agitent la société roumaine. Des questions si intimes qu’elles en deviennent universelles.

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« J’ai combiné plusieurs affaires de tricherie au bac, explique le réalisateur à 20 Minutes. Mais si ces faits sont avérés, on n’en connaît pas toujours les tenants et les aboutissants. Il faut recourir à la fiction, imaginer le dilemme qui pousse des gens bien sous tous rapports, un jour, à tricher ou se compromettre. »

Double langage

L’enjeu du film, c’est l’examen du bac. Avec mention si possible, car le père d’Eliza vise l’excellence afin de permettre à sa fille de poursuivre ses études à l’étranger. Baccalauréat pose la question de l’exemple qu’on veut donner à ses enfants, reprend le cinéaste. « En tant que parent, on essaie d’être exemplaire vis-à-vis de ses enfants, pour pouvoir leur tenir un discours moral. Mais c’est parfois un double langage que l’on tient. »

La question morale se double, dans le film, d’une question politique : « Faut-il encourager ses enfants à rester étudier en Roumanie dans l’espoir de faire évoluer la société de l’intérieur ou ne vaut-il pas mieux les envoyer à l’étranger et assurer leur avenir ?… Depuis la chute du communisme en 1989, tout le monde se pose cette question dans notre pays. » Y compris les cinéastes.

Roumanie, eldorado du cinéma contemporain ?

En 2007, Cristian Mungiu obtient la palme d’or pour Quatre mois, trois semaines, deux jours… D’autres cinéastes roumains remportent des prix dans la foulée. On commence à parler de Nouvelle vague du cinéma roumain. « A titre personnel, j’ai fait le choix de rester en Roumanie pour continuer à faire des films en langue roumaine, raconte Cristian Mungiu. Les réaliser ne pose pas de problème parce qu’on les produit avec de tout petits budgets. Mais les diffuser, c’est une autre affaire. Les salles disparaissent et ne sont pas remplacées. Ce n’est pas qu’une question d’argent, mais de stratégie politique. Souhaite-t-on éduquer le regard de nos enfants ? Veut-on les ouvrir au cinéma d’auteur ou les abandonner au cinéma commercial ? »

Cinéma itinérant

Cristian Mungiu a, depuis, inventé un système de cinéma itinérant, pour apporter ses films dans les villages. « Je continue à faire ça, parce que nous n’avons souvent pas d’autres façons de les montrer. » Et cette année, le cinéaste a eu l’idée d’organiser la première de Baccalauréat à Bucarest, ce jeudi soir en même temps qu’à Cannes. « Nous avons loué la plus grande salle de l’époque communiste, une salle de 4000 places pour dire "OK le film est à Cannes, mais aussi vous aussi vous pouvez venir le voir". J’espère qu’il y aura du monde, parce que ce n’est pas un film élitiste, mais un film que j’ai fait en pensant aux parents. » Un film qui s’intéresse à leur avenir et à celui de leurs enfants. De tous les enfants.