Festival de Cannes: Susan Sarandon et Geena Davis jouent à «Thelma et Louise» contre Hollywood

FEMINISME Au Festival de Cannes, les actrices Susan Sarandon et Geena Davis ont reçu le prix Women in Motion et évoqué la place des femmes au cinéma…

Anne Demoulin

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Susan Sarandon et Geena Davis à Cannes le dimanche 16 mai 2016.
Susan Sarandon et Geena Davis à Cannes le dimanche 16 mai 2016. — Vittorio Zunino Celotto/Getty Images/Kering

Un film culte, et deux femmes de poids dans le cinéma hollywoodien. Geena Davis et Susan Sarandon, les inoubliables héroïnes de Thelma et Louise, ont reçu le prix Women in Motion dans le cadre du programme éponyme lancé en 2015 par l’un des sponsors du festival, le groupe Kering. Les deux stars, toutes deux oscarisées, ont ensuite remis le Prix jeunes talents Women in Motion aux réalisatrices Leyla Bouzid, Gaya Jiji et Ida Panahandeh. Vingt-cinq ans après le road movie féminin Thelma et Louise, les deux actrices ont parlé des femmes dans le cinéma lors d’un débat organisé au septième étage du Majestic, sous l’œil attentif de la réalisatrice Agnès Varda. Morceaux choisis.

« 25 ans plus tard, rien n’a vraiment changé »

Deux héroïnes répondant par les armes à la violence masculine et une scène finale d’anthologie. En 1991, les deux actrices de Thelma et Louise avaient suscité la polémique. « Ce n’était pourtant pas un film féministe. C’était juste un film qui montrait des personnages féminins forts, qui peuvent faire des choix », analyse Susan Sarandon. A l’époque, beaucoup pensaient que ce film allait changer la représentation des femmes sur le grand écran.

« 25 ans plus tard, rien n’a vraiment changé », déplore Geena Davis. « Tout comme Sex and the City ou Hunger Games, on nous refait chaque année le coup, mais rien ne change », renchérit l’actrice américaine, fondatrice du Geena Davis Institute on Gender in Media, en 2007, une organisation à but non lucratif qui vise à améliorer la représentation des femmes dans les médias. « Les femmes arrivent à s’identifier à un personnage masculin, les hommes ne réussissent pas à se projeter dans un personnage féminin, ils manquent d’imagination », a plaisanté Susan Sarandon. « Il faut tout simplement changer les prénoms au moment du casting. Cet homme politique ne pourrait-il pas être une femme ? Et ce médecin ? », recommande Geena Davis. « Les images peuvent changer la donne », martèle-t-elle.

Cet engagement pour les femmes au cinéma, Geena Davis le doit à Susan Sarandon. Avant Thelma et Louise, « J’étais une actrice gentille, qui tentait de faire passer ses idées en blaguant », se souvient-elle. « Susan a tout de suite demandé à changer quelques éléments dans le scénario. Elle m’a montré qu’une femme pouvait oser dire des choses, imposer des idées, être elle-même », confie la star.

« Une femme qui réussit à Hollywood, c’est une anomalie »

Inutile de compter sur les studios hollywoodiens pour renforcer la place des femmes encore trop peu présentes dans l’industrie cinématographique. « Hollywood cherche à faire de l’argent, souligne Geena Davis. Quand un réalisateur fonctionne, on le réembauche. » Et ce n’est guère mieux pour les acteurs. La star évoque un tournage au cours duquel elle était moins bien payée que ses deux partenaires masculins. « Quand j’ai demandé pourquoi, on m’a répondu que je ne méritais pas autant… tout en me faisant faire un peu plus que mes partenaires », se souvient-elle. « Comme Jennifer Lawrence l’a très bien raconté dans son essai, j’aurais peut-être dû me battre. Il faut lutter pour être bien payée. »

« Une femme qui réussit à Hollywood, c’est une anomalie », déplore Susan Sarandon. Alors comment changer la donne ? « Les femmes puissantes doivent s’entraider et il faut aussi que les hommes les soutiennent », estime Geena Davis. « De plus en plus de femmes créent leur société de production », s’est réjouie Susan Sarandon sur l’estrade où quelques heures auparavant Juliette Binoche était venue présenter la société de production We Do It Together, qui a pour but la promotion de l’égalité des sexes dans l’industrie cinématographique.

Les deux stars sont ensuite revenues sur le manque de diversité en général dans le cinéma américain, et aux oscars en particulier. « Il y a des actrices qui ont un jeu incroyable mais dont les films n’ont pas le budget pour les envoyer en campagne pour les oscars. Les festivals sont alors importants pour les mettre en valeurs ces films à petit budget », a conclu Susan Sarandon. Un appel lancé à Thierry Frémaux et ses équipes, régulièrement attaqués sur la place que le Festival de Cannes accorde aux femmes ?