Festival de Cannes: Ce qu'il faut dire et ne pas dire pour être crédible sur la Croisette

VOCABULAIRE Petit mémo pour s’y retrouver dans le jargon cannois, entre « accréditation » et « invitation », entre « sections parallèles » et « sélection officielle »…

Stéphane Leblanc

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Ambiance à la veille de l'ouverture du Festival de Cannes, le 9 mai 2016
Ambiance à la veille de l'ouverture du Festival de Cannes, le 9 mai 2016 — Buckner/Variety/Shutter/SIPA

On peut se la jouer festivalier chez soi bien au chaud en remontant les marches de son escalier d’immeuble ou bien chausser ses lunettes noires direction La Croisette. Mais là, il y a un minimum de vocabulaire à connaître pour faire illusion parmi les piliers du Festival de Cannes

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On ne dit pas « le bord de mer », on dit « La Croisette »

Ce boulevard, c’est l’équivalent de la promenade des Anglais à Nice : l’avenue qui borde le littoral de Cannes. D’un côté les plages et la mer, de l’autre les palaces et les boutiques de luxe. Entre le Palais des festivals et le Martinez, l’hôtel le plus avancé sur la Croisette, il y a un bon gros kilomètre qu’aucune star ne se hasarde à arpenter à pied, mais en limousine à vitres fumées.

On ne dit pas « carte gold », on dit… « accréditation »

Les projections sont gratuites à Cannes, à condition d’acquérir les bons sésames. Le premier, c’est l’accréditation : le badge qui prouve que vous êtes un professionnel dûment enregistré. Mais ce n’est pas tout : pour voir un film, il doit être accompagné d’une invitation pour la séance désirée. Les journalistes n’ont pas besoin de cette invitation, mais comme il n’y a pas de place pour tout le monde, ils sont sélectionnés par couleur d’accréditation. La carte blanche est prioritaire sur la rose avec pastille, la rose, la bleue, la jaune et enfin l’orange. Même si les professionnels sont toujours prioritaires, les sections parallèles, Quinzaine des réalisateurs, Semaine de la critique et Acid, sont plus ouvertes au grand public.

On ne dit pas « saint des saints » on dit… « tapis rouge »

C’est le tapis qui recouvre les 12 marches qui mènent à l’entrée du Palais des festivals. « The place to be » pour les people. L’occasion, chaque soir, de parader sous les objectifs des centaines de photographes entassés des deux côtés, certains plus talentueux que d’autres, à des places bien définies. Les fans, eux, sont plus loin, amassés derrière les barrières de sécurité.

On ne dit pas « ascenseur social » on dit… « montée des marches »

Les marches mènent à l’entrée du Grand Théâtre Lumière, la plus grande salle du festival. On peut s’y rendre décontracté dans la journée, mais le soir, c’est smoking obligatoire pour les hommes et robe de soirées pour les femmes, souliers à talons recommandés, que l’on soit star ou pas. Pour autant, les « pas star » ne montent pas les marches comme les stars qui sont autorisées à parader voire à prendre des selfies. L’ascension sur les marches des « pas stars » est plus rapide, comme dans le métro aux heures de pointe.

On ne dit pas « foire aux bestiaux » on dit… « photo call »

Cela se passe à l’arrière du Palais des festivals. Avec la mer en arrière-fond. Les stars des films (acteurs et réalisateurs) projetés le soir ont droit à une séance photo baptisée photocall parce que la centaine de photographes qui y participent les appelle par leur prénom.

On ne dit pas « tour d’ivoire » on dit… « palace »

Martinez, Carlton et Majestic sont les principaux palaces situés sur la Croisette, à quelques centaines de mètres les uns des autres. Cerbères à l’entrée, portails sécurisés, luxe à tous les étages. Si l’on n’est pas client, il faut montrer son accréditation pour accéder ne serait-ce que dans le hall.

On ne dit pas « compétition officielle », on dit juste… « compétition »

La sélection officielle regroupe tous les films sélectionnés par les équipes de Thierry Frémaux : compétition, séances spéciales, Un Certain regard, Cannes Classics… On ne dit pas compétition officielle, ce serait redondant, mais compétition. En revanche, il existe d’autres compétitions pour les autres sections, Un Certain regard ou Semaine de la critique. La première de ces sections fait partie de la Sélection officielle, la seconde, comme la Quinzaine des réalisateurs ou l’ Acid fait partie des sections parallèles. Vous suivez toujours ? Vous voilà promu festivalier de niveau 2 !

On ne dit pas « sont nommés » on dit… « en compétition »

C’est la section la plus en vue, celle qui oppose les films de la Sélection officielle en lice pour la Palme d’Or. On en dénombre 21 cette année. Les autres films sélectionnés dans les autres sections ne concourent pas pour la précieuse palme, mais éventuellement pour un prix propre à chacune des sections (prix Un Certain regard, prix de la Semaine de la critique). Exception, la Caméra d’or qui récompense le meilleur premier film, toute section confondue, sauf l’Acid.

On ne dit pas « off du off » on dit… « Acid »

Rien à voir avec une substance illicite : Acid signifie « association du cinéma indépendant pour sa diffusion ». C’est la plus marginale des sections parallèles, mais aussi « la plus cohérente », a confié à 20 Minutes l’acteur Vincent Macaigne. Celle qui défend des films fauchés, qui ne concourent pour rien, mais dont la notoriété grandit depuis que Yolande Moreau y a présenté Quand la mer monte.

On ne dit pas « la timbale » on dit… « la palme d’or »

21 films sont en lice cette année pour décrocher la récompense suprême qui sera attribuée dimanche 22 mai aux alentours de 20h par un jury présidé cette année par George Miller.

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On ne dit pas « la consolante » on dit… « le grand prix du jury »

Moins prestigieux que la palme d’or, ce prix est grand parce qu’il vient juste après. On se souvient comment en 1998, Roberto Benigni avait volé la vedette à Teo Angelopoulos en remerciant Martin Scorsese comme s’il venait de recevoir la palme.

On ne dit pas « concours d’anecdotes », mais « leçon de cinéma »

A Cannes, il n’y a pas que la fête et les paillettes. On peut aussi assister à des « master class » tenues par un grand cinéaste, chargé de parler de son métier et de son expérience. Cette année, c’est William Friedkind qui assure la Leçon de cinéma. Tant mieux, il a toujours plein de choses à dire.

On ne dit pas « faire un carton », mais « faire le buzz »

C’est la partie immergée de l’iceberg cannois : 909 films alors que les films sélectionnés sont dix fois moins nombreux. Les films du marché sont tellement frais qu’ils sont parfois inachevés ou encore à l’état de projet. Producteurs et distributeurs se pressent dans les sous-sols du Palais et dans quelques cinémas de la ville autour de titres qui compte sur le marché pour faire le buzz.

On ne dit pas « les paillotes » on dit… « les plages »

On s’y retrouve rarement les pieds dans l’eau. Les plages des palaces sont privatisées pendant le festival pour permettre aux marques de faire leur promotion ou de les sous-louer le temps d’une fête de film. A l’exception de la plage publique la plus proche du palais qui, elle, projette chaque soir en accès libre un film aux badauds qui n’ont pas la chance d’être invités. Cette année, c’est Purple Rain qui ouvre le « Cinéma de la plage ».