«Les malheurs de Sophie»: Enfant, Christophe Honoré faisait aussi «de belles conneries»

J'ASSUME Le réalisateur des « Malheurs de Sophie » s’est confié à « 20 Minutes » sur son passé de petit garçon modèle et son présent de papa modèle aussi…

Caroline Vié

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Caroline Grant dans Les malheurs de Sophie de Christophe Honoré
Caroline Grant dans Les malheurs de Sophie de Christophe Honoré — ean-Louis Fernandez / LFP- Les Films Pelléas - Gaumont - France 3

Associer le réalisateur des Chansons d’amour (2007) ou deMa mère (2004) à la comtesse de Ségur (1799-1874) ne coulait pas de source.Les malheurs de Sophie de Christophe Honoré est à la fois respectueux et novateur. Les aventures de cette fillette de cinq ans qui multiplie les bêtises avant de découvrir la cruauté du monde en devenant orpheline sont drôles, poignantes, cruelles et tendres à la fois. Une bonne occasion pour 20 Minutes de cuisiner le cinéaste sur son enfance et ses principes d’éducation, deux thèmes passionnants dans un film familial qui l’est tout autant.

Quand avez-vous découvert la comtesse de Ségur ?

J’avais neuf ans et j’étais en vacances avec ma famille. Ma mère était enceinte, ce qui ne me plaisait pas. Alors je me réfugiais dans la bibliothèque et c’est là que j’ai commencé à lire les livres de la comtesse. C’était la première fois que j’ai compris ce qu’était un auteur, car j’ai dévoré tout ce je trouvais d’elle en un été. Mon frère aîné se moquait de moi en disant que les garçons devaient aimer Jules Verne, qui m’a toujours ennuyé.

Quel était le personnage qui vous touchait le plus ?

Je me suis toujours senti proche de Sophie parce qu’elle est curieuse et qu’elle pense que la découverte du monde passe par l’expérimentation. Elle est prête à tout ouvrir pour voir ce qu’il y a dedans, que ce soit sa poupée, des poissons rouges ou un écureuil. Je peux comprendre ce mode de fonctionnement qui fait la nique à la morale. Quand sa mère lui fait des reproches, elle promet de ne pas recommencer, mais c’est plus fort qu’elle…

Vous avez tué des animaux quand vous étiez enfant ?

Non, mais enfant, j’ai fait de belles conneries. Ma grand-mère prétendait que j’étais le moins sage de la fratrie. Je me souviens que, quand j’avais l’âge de Sophie, j’ai bouché les toilettes de la maison de ma tante en enfonçant une balayette dans la cuvette. Ça a provoqué une inondation monstre et un drame familial terrible : ma mère et sa sœur se sont fait la tête pendant des années.

Vous avez dû vous prendre un sacré savon…

Il m’est même arrivé de tâter du martinet après certaines de mes bêtises. Je viens de la campagne où cela se pratiquait encore beaucoup. J’ai des souvenirs de fessées déculottées à l’école. Je suis d’ailleurs persuadé qu’il y a encore beaucoup de gens qui pensent que l’éducation devrait passer ces méthodes. Ce n’est pas mon cas avec ma fille de 10 ans.

Êtes-vous un père permissif ?

Il est difficile de trouver un juste milieu entre le fait de laisser les enfants en liberté et celui de les cadrer comme au cinéma. Pour un enfant, même la grosse voix d’un adulte peut paraître très violente. J’espère parvenir à lui conserver son énergie et sa vitalité tout en l’éduquant. Elle apparaît d’ailleurs dans le film.

Était-il difficile de la diriger ?

J’ai sans doute été plus dur avec elle qu’avec les autres enfants sur le plateau. Elle était la plus âgée et j’entretenais avec elle une intimité que je n’avais pas avec les autres jeunes acteurs. Maintenant, elle ne cesse d’encourager ses copines à aller voir le film dès le premier jour pour qu’il reste le plus longtemps possible dans les salles ! Elle est formidable !