André Téchiné: «J’avais peur de mon désir mais mon désir était le plus fort quand j’avais 17 ans»

ADOLESCENCE A quoi ressemblait André Téchiné, avant qu’il ne devienne cinéaste, quand il avait l'âge des jeunes héros de « Quand on a 17 ans » ? Ses réponses à 17 questions pleines d’indiscrétions…

Stéphane Leblanc

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André Téchiné en février 2016 à Berlin
André Téchiné en février 2016 à Berlin — PATRICK AVENTURIER/SIPA

 André Téchiné est très doué pour traiter des amours adolescentes, ces sentiments qui vous prennent bien avant de savoir mettre des mots dessus et qui ne vous lâchent plus… En cela, Quand on a 17 ans fait écho aux Roseaux Sauvages, l’un de ses films les plus frais et spontanés, réalisé vingt-deux ans auparavant.

Le cinéaste se retrouve-t-il dans l’un ou l’autre des jeunes garçons qui partagent l’affiche de son nouveau film avec Sandrine Kiberlain ? Etait-il sérieux, ou pas, pour citer un poème de Rimbaud, mais surtout à quoi ressemblait-il quand il avait 17 ans ? Les réponses d'un homme de 73 ans à 17 questions pleines d’indiscrétions…

Faisiez-vous bande à part à l’école comme les deux garçons du film quand vous aviez 17 ans ?

J’essayais de ne pas me faire remarquer, d’être invisible.

Etiez-vous bagarreur comme eux quand vous aviez 17 ans ?

Non, j’étais trop introverti pour ça. Mais j’étais fasciné par les bagarres. Elles étaient rapides et chaotiques. J’ai essayé de le transmettre dans le film.

Vous arrivait-il de plonger nu dans l’eau glacée d’un lac de montagne, comme Tom, qu’incarne Corentin Fila, quand vous aviez 17 ans ?

Non, ça, c’est du cinéma. Je ne suis pas Superman.

Vous arrivait-il de fumer des joins dans des grottes de montagne sans dire un mot, quand vous aviez 17 ans ?

Ça aussi, c’est du cinéma, mais c’est un spectacle qui m’aurait plu : être au cœur de la montagne.

Aviez-vous les mêmes doutes que Damien, qu’interprète Kacey Mottet Klein, sur votre sexualité quand vous aviez 17 ans ?

J’étais amoureux d’une jeune fille. C’était une relation chaste. Les relations chastes sont parfois les plus fortes. J’ai traité ça dans Les Roseaux Sauvages.

Faisiez-vous des dissertations de philo sur le désir où vous citiez Platon quand vous aviez 17 ans ?

Non, ça, c’était le programme de philo de l’année dernière. Je l’ai suivi avec exactitude parce qu’il recoupait de façon comique le propos du film.

Vous êtes-vous heurté, comme Damien, à des formes d’homophobie un peu insidieuses quand vous aviez 17 ans ?

La seule forme d’homophobie que Damien affronte dans le film est celle de Paulo pendant son entraînement. Il lui dit qu’il faut « bosser son attitude parce qu’il crie comme une fille ». Pour ma part j’entendais des propos homophobes, mais je n’ai jamais assisté à des agressions.

Etiez-vous plutôt le garçon qui désire, comme Damien, ou le garçon qui a peur, comme Tom, quand vous aviez 17 ans ?

J’étais les deux à la fois. J’avais peur de mon désir mais mon désir était le plus fort quand j’avais 17 ans.

Aviez-vous « confiance en vous, en les autres ou en la vie », pour citer Marianne, le personnage de Sandrine Kiberlain, quand vous aviez 17 ans ?

J’aurais rêvé qu’on me dise ça. J’étais dans la tourmente, mais j’avais confiance.

Avez-vous connu des mères aussi accueillante et compréhensive qu’elle quand vous aviez 17 ans ?

Oui, j’ai connu des mères capables d’un amour total, calme et sans emprise.

Aviez-vous un ou une amie complice, comme votre coscénariste Céline Sciamma, quand vous aviez 17 ans ?

J’avais un ami complice. Nous étions deux introvertis. C’était une relation plutôt narcissique.

Avez-vous été marqué par la guerre, comme la famille de Damien, quand vous aviez 17 ans ?

Par la Guerre d’Algérie comme dans Les Roseaux Sauvages.

Aviez-vous déjà le désir de faire du cinéma quand vous aviez 17 ans ?

J’hésitais entre pompier et cinéaste mais je n’avais pas la carrure pour être pompier.

Saviez-vous que, parmi vos meilleurs films, vous en tourneriez deux sur des jeunes de 17 ans à (plus de) 17 ans d’écart ?

J’avais beaucoup d’imagination mais pas de dons prémonitoires.

Saviez-vous déjà que vous seriez à très à l’aise pour diriger de jeunes acteurs quasi débutants ?

J’étais très inhibé mais cela cachait peut-être un rêve obscur d’être acteur. Ça m’a peut-être aidé à les diriger par la suite.

Quels films ou quel genre de films aimiez-vous quand vous aviez 17 ans ?

Quand j’étais enfant, je n’avais aucun jugement de valeur sur les films. J’aimais tout ce qui se présentait. A 17 ans, je commençais à avoir des jugements et mon goût esthétique se formait mais ce n’était pas lié à un genre précis.

Et à quel genre de films pourrait-on associer « Quand on a 17 ans » aujourd’hui ?

A un film d’action.