«Midnight special»: Le road-movie haletant de Jeff Nichols, métaphore sur le rôle de père

FANTASTIQUE Le réalisateur de « Take Shelter » et « Mud » mêle action et science-fiction et livre une magnifique histoire de père et de fils en cavale…

Caroline Vié

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Jaeden Lieberher dans Midnight Special de Jeff Nichols
Jaeden Lieberher dans Midnight Special de Jeff Nichols — Warner Bros

Le spectateur est à bout de souffle à la fin de la projection de Midnight Specialde Jeff Nichols. La course contre la montre d’un père déterminé à sauver son fils des griffes d’une secte ne lui laisse pas une seconde de répit. Qui est ce petit garçon qui ne supporte pas la lumière du jour ? D’où lui viennent ses capacités surnaturelles ? Où son père (Michael Shannon, l’acteur fétiche du cinéaste) va-il le conduire et pourquoi ? Telles sont les questions que pose ce road-movie magistral.

C’est de sa propre expérience de la paternité que le réalisateur s’est inspiré pour ce film qui n’est pas sans évoquer des classiques du cinéma populaire de Rencontres du troisième type (Steven Spielberg, 1977) à Un monde parfait (Clint Eastwood, 1993).

Une expérience traumatisante

C’est quand son fils, encore nourrisson, a été atteint d’une fièvre impressionnante qui a mis sa vie en danger que le réalisateur de Take Shelter(2012) et Mud(2013) a eu l’idée de mettre sa relation avec son enfant au centre du récit.

« Je me suis rendu compte que je n’avais aucun contrôle sur lui, sur ce qu’il allait devenir. Cela m’a conduit à m’interroger sur mon rôle en tant que parent. Cela m’a donné l’idée de parler de cette relation entre père et enfant qui me donne souvent l’impression de vivre une course contre la montre. »

La foi au centre du récit

Dans le film, le jeune héros incarné par Jaeden Lieberher est convoité par une secte qui en a fait son messie. Son père et un ami, joué par Joel Edgerton, les soustrait à leur influence et tentent de l’aider à accomplir son destin mystérieux.

« La secte a son messie sous la main et l’exploite tant et plus. Le père, lui, croit en son enfant sans en attendre de contrepartie ce qui fait toute la différence. C’est aussi en cela que mon film parle de cette relation très particulière. Pour moi, le rôle des parents est d’aider leur petit à atteindre tout son potentiel. »

Le mystère de l’enfant

Jeff Nichols demeure volontairement évasif sur les origines des pouvoirs de son jeune héros. Ni sa mère (Kirsten Dunst), ni son père ne savent d’où vient son don mais ils aiment leur enfant de façon inconditionnelle.

« Je n’ai pas souhaité être plus précis car je voulais que le spectateur réponde à ces questions lui-même, martèle Jeff Nichols. Etre père, c’est ça : voir un petit système nerveux se développer devant soi sans bien toujours comprendre de quoi il retourne ! Cette incompréhension et cette impuissance font partie du métier de parents. »

Un contexte familier

Pour favoriser l’identification du spectateur, Jeff Nichols a choisi de tourner dans le sud des Etats-Unis où il vit avec sa famille. Ses décors sont des personnages à part entière d’un road-movie dont les protagonistes ont dû mal à se cacher dans des étendues à perte de vue.

« Il était important pour moi de tourner dans un endroit que je connais à fond. C’était affaire de réalisme. Si j’avais filmé, par exemple, à Paris, mon film n’aurait pas été juste. Il faut que je traite de choses qui me sont familières. Et puis, le cinéma est médium horizontal ce qui rend ses paysages immenses particulièrement cinématographiques. »