«Merci patron!»: Comment François Ruffin s'y est pris pour faire plier LVMH

DOCUMENTAIRE Des chômeurs longue durée, anciens employés du groupe LVMH, sont les héros du documentaire poignant et réjouissant de François Ruffin, qui semble avoir retenu les leçons de Michael Moore...

Caroline Vié

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Merci patron! de François Ruffin
Merci patron! de François Ruffin — Jour2Fête

Et si François Ruffin était le Michael Moore français ? Comme le cinéaste américain qui reçut la Palme d’or pour Fahrenheit 9/11 (2006), le documentariste français se met en scène dans Merci patron !, film jubilatoire où il s’en prend avec ironie à LVMH et à son président Bernard Arnault. Arborant un t-shirt « Merci Bernard », il réunit des chômeurs pour aller demander des comptes au milliardaire. Une méthode qui a fait ses preuves.

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Jouer les confidents

Comme Michael Moore, François Ruffin pousse les gens à se confier avec autant d’humour que d’humanité comme Jocelyne et Serge Klur, ce couple de chômeurs licenciés du groupe LVMH qui vit désormais avec trois euros par jour. « On a fêté Noël avec une tartine de fromage. La pauvreté, c’est bon pour la ligne », plaisante Mr. Klur. Le ton du film est à l’image de cette déclaration : poignant mais sans misérabilisme.

S’impliquer à fond

A l’image de son modèle d’outre-Atlantique, le pied nickelé picard paye de sa personne en se filmant pendant son enquête. Avec ses collègues du magazine Fakir, François Ruffin a préparé une véritable mission d’infiltration à l’Assemblée générale du groupe LVMH de 2013 ce qui ne l’empêche pas de se faire sortir par des videurs alors qu’il tente de prendre la parole.

Donner des moyens à ceux qui n’en ont pas

Le cinéaste américain n'aurait pas mieux fait: François Ruffin prépare les Klur avant leur rencontre avec le représentant de LVMH. Lui aussi va les filmer en caméra cachée. Au cri de « rackettez bien les PDG », il leur explique comment menacer de révéler leur calvaire aux médias pour réclamer les 30.000 euros qui vont permettre au couple de régler leurs dettes en échange de leur silence.

Filmer la réalité comme une fiction

Comme devant les films du réalisateur de Bowling for Columbine (2002), l’empathie est telle que le spectateur ne peut que prendre fait et cause pour les Klur, prêts à faire sauter leur maison plutôt que de la voir saisie. Ce couple et leur fils vont toucher un gros chèque avec pour obligation de ne pas en parler à la presse. « Il ne faut pas aller chercher les œufs au cul de la poule et faire cocorico », les prévient le très classe représentant de LVMH.

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Jouer les faux Candide

Malgré la promesse de ne rien révéler, François Ruffin est parvenu à sortir son film sans torpiller les Klur, ni qu’ils soient obligés de rendre leur pactole. Comment ? C’est l’un des secrets que révèle ce documentaire jouissif. Le Michael Moore français est aussi efficace que son homologue américain pour faire plier le genou aux puissants de la finance. Contrairement à Bernard Arnault, le spectateur espère que les révolutionnaires de tous pays ne vont pas se calmer.