Omar Sy: «A la Belle Epoque, on trouvait normal de traiter le clown Chocolat de singe»

INTERVIEW Omar Sy poursuit son ascension en incarnant un clown noir oublié, qui fut une star au début du XXe siècle…  

Caroline Vié

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James Thiérrée et Omar Sy dans Chocolat
James Thiérrée et Omar Sy dans Chocolat — Julian Torres / Gaumont

Césarisé en 2012 pour Intouchables, Omar Sy mériterait de l’être de nouveau l’an prochain pour Chocolat de Roschdy Zem. Il forme un duo remarquable avec James Thiérrée dans ce film qui évoque le destin méconnu du premier artiste noir de la scène française à la Belle Epoque.

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Retracer l’histoire de ce clown génial est important à l’heure où le manque de diversité est au cœur d’un débat dans les médias. Omar Sy a parlé à 20 Minutes de ce grand monsieur oublié et de sa propre carrière de star…

 

Chocolat a été une grande vedette, pourquoi l’a-t-on oublié ?

Je me suis moi-même posé la question car je n’en avais jamais entendu parler avant qu’on me propose le film… Peut-être du fait de sa fin tragique qui l’a envoyé dans une fosse commune. Je trouve incroyable que personne ne se soit intéressé à lui alors qu’il avait été filmé par les Frères Lumière.

Ces images vous ont-elles aidé à l’incarner ?

Elles m’ont permis d’étudier sa gestuelle. James Thiérrée et moi avons ensuite passé quatre semaines pour recréer les numéros de Chocolat et de son partenaire blanc Footit. Roschdy nous a laissésce temps pour que nous devenions un vrai duo. Il y a eu de la sueur et des prises de becs, mais ça en valait la peine.

James Thiérrée vous a-t-il beaucoup conseillé ?

Son apport est inestimable ! C’est un artiste polyvalent. Il est tellement unique que je dirais qu’on ne peut le rentrer dans aucune case : son métier est d’être James Thiérrée ! Il m’a fait découvrir une autre façon d’appréhender le spectacle vivant, très différent de ce que je faisais sur scène avec des sketches.

Pourquoi cette histoire vous a-t-elle autant touché ?

C’est passionnant de découvrir comment était perçue une star noire dans la France d’il y a cent ans. A la Belle Epoque, on trouvait normal de traiter le clown Chocolat de singe. Aujourd’hui, on le fait encore mais on sait que c’est une provocation, que ce n’est pas acceptable. Il y a eu du progrès même si le retour de certaines idées racistes me semble très inquiétant.

Le rôle de Chocolat est-il un tournant dans votre carrière ?

En tout cas j’essaye de m’éloigner des personnages qui me ressemblent. Pendant longtemps, je ne m’estimais pas légitime en tant qu’acteur car je n’avais pas suivi de formation. J’ai davantage confiance en moi depuis le César, aussi parce que j’ai eu la chance de travailler avec d’excellents cinéastes qui m’ont incité à prendre des risques.

Jouer face à Tom Hanks dans Inferno de Ron Howard en était-il un ?

C’était surtout un immense bonheur. Tom Hanks est non seulement un grand comédien mais surtout un être humain exceptionnel. Avant le tournage, il m’a offert un bloc-notes pour que je puisse écrire mes impressions, ce qu’il fait tout le temps. C’est un homme de l’ancienne époque qui refuse le tout numérique. J’ai beaucoup appris avec lui.

Comment voyez-vous la suite de votre carrière ?

Pour commencer, je dis non à tout ce qui ressemble de près ou de loin à Intouchables ! Je n’en reviens pas qu’on me propose encore des resucées de ce film ! J’espère que Chocolat donnera d’autres envies aux réalisateurs. J’ai pour ma part une énorme gourmandise pour mon métier.