Edouard Baer: «Encore heureux» propose «une façon artistique et gracieuse d'aborder l'humour»

ENTRETIEN L'acteur joue un mari et un papa fantasque dans une comédie amorale de Benoît Graffin sur une famille désargentée…

Caroline Vié

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Sandrine Kiberlain et Edouard Baer dans Endore heureux
Sandrine Kiberlain et Edouard Baer dans Endore heureux — Pascal Chantier/2015 - EDI FILMS ET EUROPACORP

Edouard Baer ne mâche pas ses mots quand il n’aime pas quelque chose. Il peut aussi se montrer enthousiaste pour défendre un bon film comme Encore heureux de Benoît Graffin, écrit en collaboration avec Mika Tard et Déborah Saïag. Il compose, avec Sandrine Kiberlain, un couple désargenté tentant de faire surnager leurs enfants sur un océan de dettes quand la mort inopinée d’une riche voisine va changer leurs vies et leurs finances. L’acteur, aussi drôle que touchant dans son rôle de papa tendre et d’amoureux maladroit, s’est confié à 20 Minutes

Qu’est-ce qui différencie Encore heureux des nombreuses comédies françaises actuelles ?

Benoît Graffin est artistique et gracieux dans sa façon d’aborder l’humour. Les comédies françaises jouent sur des recettes toutes faites à base de punchlines et de montage très rapides. Elles sont souvent paresseuses. Benoît laisse l’intime s’installer. Il reprend à son compte la maxime : « Le burlesque, c’est la tragédie plus le rythme ».

Ne vous est-il pas arrivé de jouer aussi dans des comédies pas vraiment réussies ?

Je ne vais pas prétendre le contraire et je peux vous dire qu’on ne se régale pas à aller montrer son cul à la télé quand on sait que le film est raté. Ce qui paraît bien sur le papier ne l’est pas toujours une fois que tout est terminé. Contrairement au théâtre, l’acteur n’a pas le pouvoir de rectifier le tir soir après soir au cinéma.

Est-ce l’écriture qui change tout ?

C’est certain ! Benoît a d’abord été scénariste pour Pierre Salvadori, Anne Fontaine et Catherine Corsini. C’est un orfèvre qui devait rendre ses personnages sympathiques même s’ils se livrent à des actes peu recommandables. Quand on lit ses dialogues coécrits par Nicolas Bedos, on n’a pas envie d’en changer une virgule. On est en confiance avec lui.

L’amoralité du film vous a-t-elle séduit ?

Encore heureux m’évoque le mauvais esprit de certaines comédies italiennes dans la manière dont de petites gens prennent des libertés avec la morale pour ne pas sombrer. Cette famille est soudée dans l’adversité ce que la rend exceptionnelle et donne envie de prendre faits et causes pour elle.

Quel souvenir gardez-vous de la cérémonie des César que vous avez animée en 2015 ?

On m’a reproché que c’était trop long mais je ne me voyais pas couper Abderrahmane Sissako alors qu’il parlait de son film Timbuktu et de la liberté d’expression quelques jours après la tuerie de Charlie Hebdo. Je trouve qu’on ne respecte pas assez la culture et l'intelligence à la télé française. Les seules émissions où on n’interrompt pas les gens sont les débats sur le foot.