Kurt Russell: «Q prétend que je parle le Tarantino aussi bien que lui dans "Les Huit salopards"»

INTERVIEW Le comédien de 64 ans est un chasseur de primes à l’éthique étrange dans le western de Tarantino, qu’il surnomme « Q »…

Caroline Vié

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Kurt Russell dans Les huit salopards
Kurt Russell dans Les huit salopards — Weinstein Company/SND

Kurt Russell retrouve Quentin Tarantino pour Les Huit salopards. Après avoir été un conducteur vengeur et sadique dans Boulevard de la mort (2007), le voilà chasseur de prime avec pour règle de ne pas tuer ses proies mais de les livrer au bourreau afin qu'elles soient pendues devant ses yeux.

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Attaché à une prisonnière sauvage (Jennifer Jason Leigh), il va devoir composer avec des personnages peu recommandables dans un relais isolé par la neige. 20 Minutes a cuisiné l’acteur sur sa collaboration avec le réalisateur qu’il surnomme « Q ».

Qui est votre personnage ?

On le sait avant même de le voir ! Dès sa première réplique, dite du fond d’une diligence, il est évident que c’est un homme avec lequel on doit compter. Quand il apparaît enfin, avec son grand manteau et sa moustache en forme de guidon de vélo, on devine que la subtilité n’est peut-être pas sa qualité principale.

Comment lui avez-vous comuniqué ce souffle épique ?

Il me rappelle un peu Snake Plissken, le héros de New York 1997 (1981) et Los Angeles 2013 (1996) que j’ai incarné pour John Carpenter. Il possède ce mélange de gouaille et de violence larvée et peut passer d’une seconde à l’autre de l’humour glacial à la brutalité. Il présente ce même côté autoritaire, impondérable, qui fait un peu peur.

Comment avez-vous abordé le rôle avec Jennifer Jason Leigh ?

Nous sommes enchaînés pendant la majorité du film et nous avons dû apprendre à bouger sans nous faire mal. La règle était simple. Dès que « Q » disait « action ! », c’était moi qui avais le contrôle et dès qu’il disait « coupez ! », Jennifer commandait. Nous étions devenus les Ginger Rogers et Fred Astaire de cette chaîne : un vrai ballet.

Les dialogues de Tarantino sont-ils faciles à dire pour un acteur ?

Ils sont si musicaux qu’on pourrait presque se passer d’en comprendre le sens en ne se basant que sur les intonations pour exprimer les émotions. Il n’y a que Samuel L. Jackson pour les modifier. « Q » prétend que Sam parle le Tarantino aussi bien que lui ! Les entendre ensemble est un pur régal. On a l’impression d’être au théâtre, au premier rang.

Vous arrive-t-il de repenser à votre carrière ?

Je ne suis pas passéiste mais je peux déjà dire que lepersonnage que m'a écrit «Q» dans Les Huit salopards est l’un des plus beaux rôles de ma vie. J’ai déjà vu le film six fois et je compte bien le revoir encore. A chaque nouvelle projection, je trouve le film encore meilleur. Je pense que l’amour de «Q» pour le cinéma transparaît à chaque plan.