«La Vie d'Adèle»: L'annulation du visa est une décision «plutôt saine», pour Kechiche

CINEMA Abdellatif Kechiche, le réalisateur de «La Vie d’Adèle», a réagi dans «Le Monde» à la décision d’annulation du visa d’exploitation du film...

20 Minutes avec AFP

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Extrait de «La vie d'Adèle» d' Abdellatif Kechiche
Extrait de «La vie d'Adèle» d' Abdellatif Kechiche — © Alamode Film

Une décision qui ne l’ébranle pas plus que ça. L’annulation par la justice du visa d’exploitation du film La Vie d’Adèle, Palme d’Or à Cannes, en raison des « scènes de sexe réalistes » de « nature à heurter la sensibilité du jeune public », est une décision « plutôt saine », selon son réalisateur Abdellatif Kechiche.

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« Une démarche qui n’a pas d’intérêt »

« Cette décision me paraît plutôt saine », a déclaré au journal Le Monde Abdellatif Kechiche, alors même que le ministère de la Culture a annoncé son intention d’introduire un recours devant le Conseil d’Etat. Selon le réalisateur, ce pourvoi en cassation est une « démarche (qui) n’a pas d’intérêt ».

« Je n’ai jamais pensé que mon film pouvait être vu par des gamins de 12 ans, et je déconseille personnellement à ma fille de le voir avant qu’elle ait 14 ou 15 ans », a-t-il dit, précisant qu’une interdiction aux moins de 16 ans ne le « dérangerait pas ». « Mes films touchent à l’adolescence, mais s’adressent plutôt à ceux qui ont une nostalgie de l’adolescence. Ça a plus d’intérêt pour les adultes que pour les adolescents qui n’ont pas encore vécu la douleur d’une rupture. C’est avant tout un film sur la rupture », a-t-il argumenté.

Des scènes de nature à heurter le jeune public

Dans une décision rendue publique mercredi, la cour administrative d’appel de Paris a demandé à la ministre de la Culture Fleur Pellerin de « procéder au réexamen de la demande de visa » du film dans un « délai de deux mois ».

La cour a estimé que La Vie d’Adèle : chapitres 1 et 2, film sorti en 2013 qui raconte une passion amoureuse entre deux jeunes femmes, comporte « plusieurs scènes de sexe présentées de façon réaliste, en gros plan » qui sont « de nature à heurter la sensibilité du jeune public ».

Pour la justice, la ministre « ne pouvait, sans commettre d’erreur d’appréciation » au regard de la loi, « accorder un visa d’exploitation comportant une interdiction limitée aux mineurs de 12 ans », assortie de messages d’avertissement.

Une initiative de l’association Promouvoir

La justice avait été saisie par l’association Promouvoir, proche des milieux catholiques traditionnalistes, qui estimait que le film aurait dû être interdit aux moins de 18 ans.

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Promouvoir avait été déboutée en première instance, en septembre 2014, par le tribunal administratif de Paris de sa demande d’annulation du visa d’exploitation du film.

L’association avait déjà réussi cet été à faire interdire aux moins de 18 ans Love de Gaspar Noé, au départ simplement interdit aux moins de 16 ans.