Festival des Arcs: La Norvège a trouvé sa place sur les écrans

SALLES ENNEIGEES Le festival du cinéma européen, dont l'importance grandit chaque année, met à l’honneur la Norvège pour sa 7e édition qui débute ce samedi…

Cecile Guthleben

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Natür Therapy, de Ole Giaever et Marte Vold Lancer le diaporama
Natür Therapy, de Ole Giaever et Marte Vold — DR

Le Festival du cinéma européen des Arcs, qui débute ce week-end, s'apprête à consacrer un large pan de sa programmation à la Norvège en projetant 14 films représentatifs de l’histoire du cinéma de ce pays. De grands classiques du répertoire mais aussi des longs-métrages récents afin de présenter la nouvelle génération de cinéastes. Sept films sortis cette année dont Back Home de Joachim Trier, qui a représenté le pays des Fjords au dernier Festival de Cannes. 

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La semaine dernière, le premier épisode de la série Occupied a réuni 800 000 spectateurs sur Arte, autre preuve que la création norvégienne s'est fait une place sur les écrans français. Mais quelles sont les caractéristiques de ces fictions et la différence entre films et séries norvégiennes ?

« Plusieurs traditions nous inspirent. Il est cependant clair qu'il nous manque en Norvège les grands maîtres suédois ou danois et nous n'avons donc pas de tradition claire à laquelle il faut se tenir », expliquait à cinemotions.com Joachim Trier, le plus connu des cinéaste norvégien d'aujourd'hui. Issu d’une de ces grandes « famille de cinéma », fils d’un ingénieur du son et d’une réalisatrice et petit-fils d’un des plus célèbres metteurs en scène norvégien, Joachim Trier a déjà présenté deux films au Festival de Cannes : Oslo, 31 août en 2011 au Certain Regard (le film sera aussi projeté aux Arcs) et Back Home cette année en compétition. Ce dernier est sorti en salles le 9 décembre.

Un cinéma qui explore différents styles

Mais si l’on s’intéresse aujourd’hui enfin aux œuvres norvégiennes, cela n’a pas toujours été le cas. « Longtemps, le cinéma suédois avec Bergman et le cinéma danois avec Dreyer entre autres, ont fait de l’ombre au cinéma norvégien », explique à 20Minutes Isabelle Duault, chargée de mission et programmatrice du Festival du cinéma nordique de Rouen entre 1990 et 2010. Plus petit des trois pays scandinaves, la Norvège ne produit qu’une vingtaine de longs-métrages par an. Et pourtant, sept films sont sortis cette année sur les écrans français, témoignant d’une grande diversité des styles.

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« Pendant longtemps, les scénarios des films parlaient des amours d’été contrastant avec la mélancolie des longs hivers, analyse Isabelle Duault. Aujourd’hui, ils s’intéressent aux jeunes dans une société devenue moderne. » Et c’est notamment grâce au polar que le cinéma scandinave en général a su conquérir un public international.

Isabelle Duault remarque qu’un tournant a eu lieu à la fin des années 1990 : « Le cinéma norvégien a beaucoup évolué depuis une vingtaine d’années, notamment grâce à l’école de cinéma créée en 1997. Avant, les étudiants partaient à Londres, Stockholm ou Copenhague. Une nouvelle génération de scénaristes, producteurs et réalisateurs est apparue et avec elle des films plus séduisants pour la jeune génération qui allait avant plus facilement voir les films américains. »

Des séries ambitieuses

Côté petit écran, les premières séries ne sont apparues qu’il y a 4 ans environ, « mais c’est surtout depuis 2 ou 3 ans qu’on assiste à l’éclosion des séries nordiques », analyse pour 20Minutes Frédéric Lavigne, directeur artistique du Festival Séries Mania au Forum des Images. « Trustée par le succès danois et suédois, la télévision publique norvégienne, la NRK, s’est mise à investir dans les séries », poursuit-il. Frédéric Lavigne fait également remarquer que de plus en plus de réalisateurs norvégiens de cinéma se tournent vers la série.

Steven Van Zandt, dans la série Lilyhammer - AP/Sipa

 
Tout comme les films, les séries « développent différents styles, mais la figure du polar est souvent structurante », analyse Frédéric Lavigne. A ce titre, Lilyhammer, diffusée sur NRK depuis 2012 apparaît comme le précurseur.

Aujourd’hui, c’est Acquitted, diffusée en novembre sur Canal + qui tient le haut du pavé. Ce thriller met en scène un homme autrefois accusé de meurtre de retour dans son village natal. Autre grande réussite actuelle, Occupied, drame politique d’anticipation écrit par l’auteur de polar Jo Nesbø. Actuellement diffusée sur Arte, la série avait déja été projetée en avant-première au dernier Festival Séries Mania. « Cette série est incroyablement ambitieuse et culottée, s’enthousiasme Frédéric Lavigne. Le sujet est provocant, en phase avec l’actualité. La réalisation est offre une vraie plus-value artistique, notamment en utilisant la lumière très particulière du pays. »

Diversité des styles, ambitions créatrices et augmentation du volume de production, les productions norvégiennes sont désormais appréciées et saluées hors de leurs frontières. Films et séries norvégiens n’ont plus rien à envier à leurs voisins scandinaves.