Sofia Coppola «adore quand Bill Murray chante», et nous aussi

ESPRIT DE NOEL Sofia Coppola retrouve Bill Murray pour «A Very Murray Christmas», disponible ce vendredi sur Netflix. Un petit film aussi anecdotique qu'irrésistible. «20 Minutes» a rencontré la réalisatrice…

Annabelle Laurent

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Sofia Coppola et Bill Murray en 2004, au Gramercy Theater à New York, un an après Lost in Translation
Sofia Coppola et Bill Murray en 2004, au Gramercy Theater à New York, un an après Lost in Translation — MCMULLAN PATRICK/SIPA

Vous pensez que vous n’aimez pas Noël. Ses décos moches, les épines du sapin qui tombent partout, entre pas mal d’autres raisons plus fondamentales. Et puis vous tombez sur Bill Murray avec un serre-tête de cerf…


… et étrangement, vous vous sentez tout de suite beaucoup mieux.

Notre gratitude va donc à la réalisatrice de ce «Christmas Special» made in Netflix et disponible exclusivement sur la plateforme à partir de ce vendredi 4 décembre: Sofia Coppola. 20 Minutes la rencontrait en septembre avec plusieurs journalistes, pour vingt minutes d'entretien chronométrées.

Aussi sage que les filles de The Bling Ring étaient délurées, la silhouette frêle qui flotte dans une chemise bleu d’homme, Sofia Coppola raconte A Verry Murray Christmas en répétant le mot «fun» sans du tout, il faut bien le dire, respirer le «fun». Mais sous la timidité, le coeur doit y être. On lui en voudrait du contraire: avoir Bill (oui, «Bill») pour acteur principal, quand même.

Au départ: faire chanter Bill

«J’adore quand Bill Murray chante», dit-elle pour expliquer le point de départ du projet, qu’elle et Bill Murray ont ensuite co-écrit. «Je lui avais demandé s'il n'avait pas envie de chanter des classiques au Café Carlyle [où Woody Allen joue de la clarinette les lundi soir...], puis on est partis sur une idée d'émission. On s’est mis d’accord pour rendre hommage à cette tradition un peu ringarde des Christmas specials, qui atteignaient à la télé des sommets de kitsch, dans les années 1970 et 1980. Ça nous amusait d’avoir notre propre version.»

On se souvient de la prestation karaokesque assez désastreuse de Bill dans Lost in Translation (2003), réalisé par la fille Coppola il y a douze ans déjà. Mais c’était une arnaque. Bill Murray sait chanter. Il l’a montré au Saturday Night Live, dans Rock The Casbah ou sur du Bob Dylan dans St Vincentpour ne citer que les exemples récents. Ce Very Murray Christmas le transforme en interprète des tubes de Noël, de Jingle Bells à Let it Snow, et nos oreilles ne saignent même pas.

Un nouveau Noël avec Bill Murray, 27 ans après Fantômes en fête (1988). 

Une réunion amicale sans prétention, #ohwait

Le film s’ouvre sur un Murray désespéré: le «Christmas Special» d’anthologie qu’il devait animer n’aura pas lieu, une tempête de neige s’est abattue sur New York, toute la ville est paralysée. Aucun des invités prévus, du Pape à Iggy Izalea, ne peut rejoindre le plateau de l’émission. Sa productrice Amy Poehler ne lâche rien (de quoi nous rappeller une certaine et géniale Leslie Knope), il faut faire l’émission coûte que coûte. Chris Rock aurait pu lui sauver la mise, mais se sauve. Puis, à défaut d’émission, une fête (à la Sofia Coppola, donc mélancolique) s’improvise. 

Pour se passer le micro : Rashida Jones, Jason Schwartzman, Maya Rudolph ou encore Thomas Mars, le chanteur de Phoenix et mari de Sofia Coppola, qui nous offre un bien joli cover [ici sur Spotify] d’Alone on Christmas Day des Beach Boys. On ne vous dit pas comment George Clooney et Miley Cyrus se retrouvent ensuite dans l’affaire, mais ça vous donne une idée du beau monde.

Le «côté doux» de Miley Cyrus

Ce casting cinq étoiles (on veut le même pour en faire une série), «c’est simplement que tout le monde aime Bill Murray. Quand on les a appelés, ils étaient tous partants», assure Sofia Coppola. «Ce sont des amis, ou des personnes dont on était fans». Elle a «toujours adoré» Chris Rock, Maya Rudolph ou Amy Poehler, Clooney «est un ami de Bill, et on savait qu’il aurait de l’allure en smoking». 

Miley Cyrus, elle l’avait simplement rencontrée. «Elle a surpris et impressionné tout le monde. C’est une fille polie, très travailleuse. Elle a un côté doux». Qui sait? L’écouter chanter Silent Night plusieurs fois pourrait soigner nos rétines pas encore remises de son dernier shooting par Terry Richardson.

Casting donc hôtel cinq étoiles 

Il a en tout cas fallu ce petit projet, singulier par sa forme et sa plateforme, pour convaincre Coppola de réinviter Bill Murray devant sa caméra. S’ils sont amis depuis Lost in Translation, elle redoutait de réitérer sur le plan professionnel, «trop de pression», glisse-t-elle. «Parce les gens étaient trop attachés au film qu’on avait fait ensemble.»

Bonne nouvelle, l'inhibition a désormais disparu, dit-elle. Bientôt un prochain film avec lui, dans l'un des hôtels de luxe qu'elle aime investir pour ses tournages? Il faut avouer qu’on s’y amuse davantage avec Bill Murray (au Park Hyatt de Lost in Translation et ici au Carlyle de New York) que lorsqu’un auteur torturé y tue l’ennui avec sa fille de 11 ans (Stephen Dorff au Château Marmont, dans son Somewhere)... 

La magie Bill Murray, sans doute. Profitons de la présence d'une témoin privilégiée: comment est-il «en vrai», ce génie de la poésie comique ? «Profondément complexe, probablement plus qu'il n'en a l'air, et avec un côté idiot. C’est ce qui le rend intéressant.» Sur le plateau, il improvise toujours «une ligne de dialogue, un regard», dit-elle encore. «Il vient toujours avec de petites choses. Par exemple, quand il met un serre-tête de cerf, c’est lui. Il est arrivé comme ça, c’était son idée.» Bien sûr que c’est lui.
 

 

A Very Murray Christmas. Durée: 57 minutes.
Sur Netflix à partir du 4 décembre 2015.