«Taj Mahal»: Nicolas Saada a cru revivre son film avec les attentats du 13 novembre

SURVIE Une jeune femme prisonnière dans sa chambre d’hôtel tente de survivre à une attaque terroriste dans ce thriller brillant...

Caroline Vié

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Stacy Martin dans Taj Mahal
Stacy Martin dans Taj Mahal — Bac Films

Il est impossible de regarder Taj Mahal de Nicolas Saada sans penser à la tragédie du 13 novembre dernier. Un jeune touriste y vit un calvaire, enfermée seule dans sa chambre pendant qu'une prise d’otages se déroule dans son hôtel de luxe indien. « Quand j’ai découvert les reportages sur l’attentat du Bataclan, j’ai eu l’impression de revoir les images de Bombay avec lesquelles j’ai vécu pendant trois ans », confie le cinéaste à 20 Minutes. Les réactions émues pendant les avant-premières lui ont confirmé que sortir le film aujourd’hui est une bonne idée. « On est dans une temporalité différente quand on fait du cinéma. On a des antennes sur le monde ce qui explique que les films sont parfois rattrapés par la réalité. »

Un film sur la solitude

Son personnage central incarné par la délicate Stacy Martin, l’héroïne du diptyque Nymphomaniac (2014) de Lars von Trier, n’a d’autre contact avec l’extérieur que son téléphone portable. Une bande-son très riche permet de deviner les atrocités qui se déroulent autour d’elle tandis que les terroristes investissent l’établissement. « Le film est intemporel parce qu’il parle de la solitude, explique le réalisateur d’Espion (s) (2009), c’est un thème universel qui dépasse celui des attentats. » Pour son héroïne, chaque mouvement - recharger son mobile, se cacher sous le lit, sortir sur le balcon - constitue une prise de risque. « Les gestes les plus anodins deviennent une aventure dans ce contexte », précise Saada. Le public, le souffle court, se prend d’affection pour cette battante.

Un hommage à la jeunesse

En s’appuyant sur le récit d’une survivante des attentats de Bombay (2008), le cinéaste quinquagénaire a avant tout voulu rendre hommage à la jeunesse. « Cela m’a frappé dans les récents attentats de voir à quel point les jeunes étaient au centre de tout, assène-t-il. Le cinéma français les montre souvent comme des débiles décérébrés ce que je trouve injuste. Mon film va à l'encontre de cette image. » La force de vie qui anime la jeune fille de dix-huit ans perdant son innocence au milieu des cris, des coups de feu et des flammes se communique à un spectateur qui partage son expérience. « Je n’ai pas voulu livrer une reconstitution des attentats car cela aurait été forcément en deçà de la réalité », insiste Nicolas Saada. Sans un gramme de voyeurisme, par la seule force du cinéma, Taj Mahal livre offre un suspense intense ainsi qu’une magnifique ode à la vie qui fait un bien fou en ces temps moroses.