«Mia Madre»: Comment Nanni Moretti est devenu une femme

MAMAN Pour la première fois, le réalisateur de «Habemus Papam» confie le rôle de son alter-ego à une actrice...

Caroline Vié

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Margherita Bay et Nanni Moretti dans Mia Madre
Margherita Bay et Nanni Moretti dans Mia Madre — Alberto Novelli/Le Pacte

Nanni Moretti est reparti bredouille du Festival de Cannes. Il avait pourtant fait pleurer la Croisette avec Mia Madre où il revient sur la mort de sa mère survenue pendant le tournage de son précédent film Habemus Papam (2011). Si le personnage central du film est cinéaste, le réalisateur ne l’incarne pas lui-même. Il a confié le rôle à la formidable Margherita Buy qui doit composer entre sa maman malade, sa fille et un tournage perturbé par un acteur capricieux. « Je pensais que cette histoire serait plus intéressante si elle était contée d’un point de vue féminin », explique Moretti à 20 Minutes.

Une affaire de femmes

Comme toujours, analyser le film à l’aune de la propre vie de Nanni Moretti est tentant. Quand on lui demande si le comédien pénible incarné par le génial John Turturro est inspiré par Michel Piccoli, vedette d’Habemus Papam, le réalisateur se contente de sourire dans sa barbe. Il se révèle plus prolixe quand on lui parle de son héroïne. « Elle a du mal à tout gérer en même temps car la vie ne la ménage pas et elle refuse de sacrifier le moindre aspect son existence ce qui rend son quotidien très pénible. » Moretti a travaillé avec trois femmes pour écrire le scénario de Mia Madre.

Une véritable découverte

Peu connue en France, Margherita Buy apporte une classe naturelle, entre Gena Rowlands et Catherine Deneuve, à une héroïne malmenée. « Elle était une évidence pour moi, avoue Nanni Moretti, mais son personnage n’est pas vraiment moi bien que j’ai relu tout ce que j’ai écrit pendant la maladie de ma mère avant de m’attaquer au scénario. » Impossible de ne pas penser au réalisateur du Caïman (2006) devant cette cinéaste parfois autoritaire et souvent dépassée. Moretti s’est quant à lui réservé un rôle de fils et de frère attachant. « Il y a un peu de moi dans tous et dans chacun », admet-il.

Sauter d’un sentiment à l’autre

Tout comme La Chambre du fils pour lequel le réalisateur avait obtenu la Palme d’or en 2001, Mia Madre émeut sans être plombant. De véritables passages comiques font passer un vent de folie bienvenue lorsqu'il chronique un tournage délirant. « J’aime bien mêler les genres, c’est un processus naturel pour moi. Il peut arriver qu’on trouve une chose fort drôle même quand on se sent très triste », insiste Moretti. La scène de tournage où John Turturro tente de conduire une voiture tandis que l’équipe lui masque la route est à pleurer… de rire.