VIDEO. Pourquoi les méchants du cinéma français méritent votre amour

LIVRE Collabos, politiciens véreux ou flics pourris: le chanteur Alister rend hommage aux «Méchants et autres salauds du cinéma français», dans une anthologie parue chez La Tengo…

Annabelle Laurent

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Gérard Jugnot, le Adolfo Ramirez de Papy fait de la Résistance (1983)
Gérard Jugnot, le Adolfo Ramirez de Papy fait de la Résistance (1983) — DR

Il n’y a pas foule pour célébrer « les salauds, les ordures, les enfoirés, les enflures, les crapules, les salopes, les fils de pute, etc. », comme les énumère le chanteur Alister, Christophe Ernault à l’état civil. E​t pourtant « plus le méchant est réussi, plus le film le sera » : parole d’Alfred Hitchcock.

A travers 300 films, l’Anthologie des méchants et autres salauds du cinéma français (La Tengo, novembre 2015) leur rend un hommage rare et savoureux. A l’honneur, les « nazis et autres collabos de service », les « patrons et autres contremaîtres zélés » ou les « psychopathes et autres serials killer ».

Et bien sûr, leurs valeureux interprètes. On croise Gérard Jugnot en Monsieur Ramirez (Papy fait de la résistance), Bernard Blier, Michel Bouquet, ou Isabelle Huppert, s’étant chacun illustré en « figures tutélaires » des genres « patron », « flic » et « salope »…

Pourquoi les aimer, ces méchants ? On en a discuté avec Alister.

Parce que les acteurs ont donné de leur personne

Si vous ne connaissez pas Rudy Lenoir, vous pourriez l’avoir vu en soldat/gardien/officier/sous-officier/douanier allemand, les rôles les plus fréquents de sa filmographie. « Alsacien de naissance, il passa une bonne partie de sa carrière à hurler "Heil Hitler !" », raconte Alister. Admettez qu’il y a de quoi forcer l’admiration. Tout le monde n’a pas le cœur de jouer les rôles de méchants, rappelle le cofondateur de la revue Schnock, en dressant la liste de dix acteurs « poules mouillées », tous atteints du « Syndrome Gabin » : la figure mythique du cinéma français ne compte pas le moindre rôle d’ordure dans sa carrière. Petit joueur. Belmondo, Bourvil, Montand ou Lino Ventura ne font pas beaucoup mieux.

« Par peur de perdre leur public, pour la plupart », suggère Alister. A l’inverse, Michel Bouquet, souvent vu en flic pourri, était « prêt à jouer tous les rôles de composition, qu’il aimait les plus éloignés possibles de sa personnalité ». Alister salue également le « courage » d’Isabelle Huppert, qui a tant de fois hérité de rôles de « garces », de La Cérémonie (Claude Chabrol, 1995) jusqu’à La Pianiste (Haneke, 2000) ou Ma Mère (Christophe Honoré, 2004).

Parce qu’ils sont odieux, mais pas monolithiques 

Alister comptait initialement mêler cinéma français et cinéma américain, avant de se rendre compte d’une différence trop importante entre nos méchants, et leurs bad guys : « Les méchants américains étaient caricaturés, même physiquement. Prenez Jack Palance ou Lee Van Cleef : à leur gueules, on sait que ce sont des salauds. Les méchants français ont un côté bonhomme, ils naviguent dans une zone grise. Jean Yanne est l’incarnation de ça. Il a joué des personnages odieux, mais il y a toujours quelque chose pour le rattraper ». L’acteur a d’ailleurs le droit à son propre chapitre, lui qui se situe « au carrefour de la saloperie, de la beaufitude et de la crapulerie ». Comme dans la scène du dîner de Que la bête meure (Claude Chabrol, 1969), fameuse pour son « ragoût dégueulasse ».

Parce qu’ils ont les meilleures répliques 

Surtout, la muflerie ne va pas sans son lot de dialogues cultes, cités en nombre dans l’Anthologie. Tsilla Chelton, l’insupportable et mesquine Tatie Danielle d’Etienne Chatiliez n’est-elle pas pour autant délicieuse, quand elle rétorque à ses collègues de maison de retraite : - « Elle est gentille ma fille hein ? » - « Oui, mais qu’est ce qu’elle est laide ! » ?

Anthologie des méchants et autres salauds du cinéma françaisLa Tengo, novembre 2015.