«Les Cowboys»: Pourquoi ce western sur fond de djihad sort malgré les attentats à Paris

WESTERN La quête d’un père pour retrouver sa fille devenue djihadiste est signée par le coscénariste de Jacques Audiard...

Caroline Vié

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François Damiens dans Les Cowboys de Thomas Bidegain
François Damiens dans Les Cowboys de Thomas Bidegain — Pathé Distribution

D’après le réalisateur Thomas Bidegain, il n’aura fallu qu’un quart d’heure au distributeur des Cowboys pour décider de sortir le film à la date prévue malgré les attentats du 13 novembre. Cette œuvre au souffle épique puissant, découverte à la Quinzaine des réalisateurs, suit, sur 15 ans, le périple douloureux d’un père dont la fille devient djihadiste. « Nous n’allions pas laisser ces nazis dicter notre comportement. Il faut continuer à faire des spectacles et à montrer des films », explique le réalisateur à 20 Minutes.

Rattrapé par la réalité

« Comme nos films parlent du monde, il arrive que la réalité nous rattrape. Il ne faut pas les soustraire aux regards », explique Bideguain qui signe ici sa première réalisation après avoir notamment cosigné les scénarios d’Un Prophète (2009) et de Dheepan (2015) avec Jacques Audiard. Son western filmé entraîne un père désespéré (François Damiens) et son jeune fils (épatant Finnegan Oldfield) sur les traces d’une gamine qui disparaît du jour au lendemain. « Le cinéma de genre et le western sont une bonne façon de parler de l’état de la nation, insiste Thomas Bidegain. Comme Dheepan, Les Cowboys est un film très français même si les personnages ne parlent pas obligatoirement notre langue et que nous avons dû mettre des sous-titres. »

Une note optimiste

Le personnage brillamment incarné par François Damiens ira jusqu’au Pakistan dans l’espoir de soustraire sa gamine aux djihadistes. « Il voit les musulmans en bloc comme un cow-boy d’autrefois aurait considéré les Indiens qui ont kidnappé sa fille. Son fils apprend à les apprécier individuellement au fil du récit. J’ai voulu terminer sur une note optimiste en laissant entendre que nos enfants sont meilleurs que nous. » Une réalisation solide portée par un Scope anamorphique spectaculaire conduit à réfléchir tout en divertissant. « C’est le contraire de ce que font les chaînes d’infos : on se donne le temps de l’analyse. »

Un grand spectacle

Si le film se termine en 2011 au moment de la mort d’Oussama Ben Laden, c’est parce que Thomas Biguedain pensait alors qu’il s’agissait de la fin d’un cycle. « Il faut comprendre qu’on met en gros cinq ans à écrire et à monter un film, insiste-t-il. Les choses évoluent pendant ce laps de temps. » Les Cowboys n’est cependant pas qu’un film politique mais aussi un grand spectacle bourré de suspense et d’émotions. « En montrant le film aujourd’hui, nous avons balayé l’idée de l’impact économique que pourraient avoir les attentats sur sa sortie », insiste Thomas Bidegain. On ne saurait trop encourager les spectateurs à aller le découvrir.