«La fille coupée en deux»

Alice Antheaume

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Ludivine Sagnier et François Berléand dans "La fille coupée en deux"
Ludivine Sagnier et François Berléand dans "La fille coupée en deux" — DR

Gabrielle Deneige (Ludivine Sagnier) est «La fille coupée en deux», titre du nouveau film de Claude Chabrol. La frêle blondinette, qui bosse comme miss météo à la télé, se consume d’amour pour Charles Saint-Denis (François Berléand, parfait), écrivain à succès marié, de trente ans son aîné, et se refuse à Paul Gaudens (Benoît Magimel), fils de bonne famille, insolent mais obstiné.

Qui des deux hommes est le plus pernicieux? Celui qui emmène sa maîtresse dans une maison libertine ou celui qui court après une femme qui ne l’aime pas?

La triangulaire fonctionne à merveille. Le personnage incarné par Magimel est aussi fougueux que celui de Berléand est raisonnable («l’expérience», dit-il). Au milieu, Sagnier (prodigieusement juste dans ce rôle) ne ment jamais: elle aime l’amant indisponible et s’offre à l’amour impossible. Un dilemme qui mènera au drame ce film adapté d’un fait divers du XIXe siècle (qui avait déjà inspiré, en 1955, «La fille sur la balançoire» de Richard Fleischer).

Bourgeois et parvenus passés au gril
Au passage, la bourgeoisie lyonnaise, décadente ou figée, en prend pour son grade. Le monde culturo-médiatique, parvenu et inculte, aussi. Dans les coulisses de la télé, les discussions ne sont que prétexte à draguouilles et à regards appuyés. «Vous connaissez Canal+?, demande Claude Chabrol. Alors vous savez de quoi je parle». La scène où Berléand se fait interviewer par un journaliste imbuvable est assez jouissive. De même qu’Edouard Baer, dans son propre rôle, faisant le pitre sur un plateau télé. «Le numéro d’Edouard était complètement improvisé, se souvient le cinéaste. Je lui ai juste suggéré de se payer la tête de Woody Allen, il l'a fait, car Allen est le type de personne que l'on adore détester tout en ne cessant pas de l'aimer».




Dans «La fille coupée en deux», on retrouve encore une galerie de portraits féminins tous plus réjouissants les uns que les autres: l’éditrice littéraire (Mathilda May), sculpturale brune qui vit «librement»; la mère de Magimel (Caroline Sihol), glaciale bourgeoise coincée dans des valeurs dépassées; la femme de Berléand (Valéria Cavalli), pétillante envers et contre tout; la mère de Sagnier (Marie Bunel), libraire attentive.

En 1h55, Chabrol, formidable portraitiste, signe avec sa co-scénariste Cécile Maistre un film saisissant.